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  • Anaïs Roux

Episode 1 | Celui qui était ce qu'il mangeait

Mis à jour : 23 sept. 2020



Retranscription du podcast du 9 septembre 2020



Bonjour à tous, j’espère que vous allez bien !


Dans cet épisode, j’aimerais parler d’un sujet que je trouve passionnant et qui je l’espère, va vous plaire. Je vais parler aujourd’hui de notre deuxième cerveau, notre intestin ! Et de l’impact parfois sous-estimé qu’il peut avoir dans notre vie et surtout sur notre cerveau.


Alors je ne vais pas vous parler du mal de ventre quand vous êtes stressé, ni des papillons dans le ventre quand vous êtes amoureux. Car si je vous dis que vos émotions ont un retentissement sur votre ventre, vous me croyez. Mais si je vous dis que si vous êtes irritable, c’est peut-être à cause de ce que vous avez mangé hier soir ? Si je vous dis que vos difficultés de concentration sont peut-être dues aux microbes dans votre ventre ? Ou encore, si je vous dis que toutes les décisions que vous prendrez aujourd’hui sont influencées par ce que vous avez mangé au petit-déjeuner ? Vous me croyez ? Sûrement un petit peu moins. Et pourtant, je ne vous raconte pas de bobards.


Votre ventre, c’est environ 200 à 600 millions de neurones distribués le long du tube digestif. C’est autant que possède un chien ou un chat. C’est aussi 100 000 milliards de bactéries, ce qui en fait l’écosystème le plus dense de la planète.

Votre ventre, ce « cerveau du bas », est un organe sensible doté d’une grande puissance. L’action même de digérer est très complexe et difficile à reproduire en laboratoire.

Fun fact : certains chercheurs se demandent même aujourd’hui si le tout premier cerveau ne serait pas l’intestin. Pour Michel Neunlist, expert mondial du système nerveux présent dans le ventre, ce ventre serait le premier cerveau car les organismes primitifs n’étaient initialement composés que d’un tube digestif. Le ventre aurait été le cerveau central durant des millions d’années jusqu’à la domestication du feu.

La cuisson facilitant la digestion et nécessitant moins d’énergie pour mastiquer, le premier cerveau dépensait alors moins d’énergie, ce qui en laissait plus pour développer le cerveau du haut qu’on connaît aujourd’hui. Bien sûr ce n’est encore qu’une hypothèse.


Le ventre et le cerveau communiquant en permanence, ce que votre ventre va vivre et recevoir, votre cerveau va en être impacté. L’alimentation est donc cruciale dans cette dynamique.

Pour comprendre un peu mieux le rôle de la nutrition sur le cerveau, faisons une partie de son inventaire. Dans un cerveau il y a entre autres des cellules, comme les neurones par exemple, composées à 80% de graisses et de cholestérol; nous avons des synapses, les zones d'échanges entre neurones, qui dépendent des acides gras et notamment des oméga-3 ; il y a aussi des « cofacteurs enzymatiques », qui sont là pour faciliter les réactions chimiques, créés à partir de vitamines B9, B12, B6, B1… Notre cerveau ne fabrique malheureusement pas ces nutriments en quantité suffisante. Et où les trouve t-on ? Dans notre assiette !


Depuis les années 90, énormément de chercheurs en neurosciences se sont penchés sur la question de l’influence de l’alimentation sur le cerveau et cela a donné lieu à des centaines voire milliers d’expériences. Très souvent vous verrez, ces expériences portent sur des souris, pourquoi des souris ? Parce qu’elles possèdent un génome à 90% similaire au nôtre ce qui ont font de très bon modèle. Ce qui se passe dans le cerveau d’une souris lors d’une expérience a de très grandes chances de se voir reproduit dans le cerveau humain.


Voici donc quelques florilèges d’expériences !


A l’Institut de Psychologie de Lubeck en Allemagne, des chercheurs ont mis en évidence l’influence de la nourriture sur notre capacité à prendre des décisions !

Lors de leur étude, ils ont placé les participants face à un dilemme. Le participant est assis à une table et fait face à un partenaire de jeu, qui est complice de l’expérience. 10€ sont déposés sur la table. Le complice doit répartir entre eux deux cette somme d’argent. Le participant doit ensuite l’accepter ou non. Le complice sait ce qu’il a à faire. Il doit proposer des offres injustes. Par conséquent sur les 10€, il va donner 2€ au participant et garder 8€ pour lui. Ou bien donner 3€ et garder 7€. Si le participant accepte cette offre injuste, il part avec un peu d’argent mais moins que son partenaire de jeu. S’il refuse l’offre, personne ne gagne rien. Et bien il se trouve que la décision prise face à ce dilemme dépend de ce que la personne a avalé juste avant. Dans le cadre de l’expérience, les participants devaient avaler un petit déjeuner entier avant de faire face au dilemme. Soit le petit déjeuner était protéiné, soit il était sucré. Les résultats furent sans appel : une même personne prenait des décisions complètement différentes en fonction de ce qu’elle avait mangé le matin. Prenons l’exemple d’Emma. Si Emma venait de manger un petit déjeuner protéiné (avec des oeufs, de l’avoine, des céréales, yaourt, saumon…) elle acceptait plus facilement l’argent et était donc tolérante aux offres injustes. A l’inverse, avec un petit déjeuner sucré, Emma rejetait 2 fois plus souvent les offres injustes. Cela est notamment dû au fait que les protéines augmentent la quantité de dopamine dans votre cerveau, assurant, entre autre, la communication entre les neurones responsables de la motivation et de la prise de risque.

Cette expérience est une première et les implications sont nombreuses. Car cela implique que votre alimentation a un impact sur votre capacité à prendre des décisions justes et rationnelles. La prochaine fois que vous avez une décision importante à prendre, faites bien attention à ce que vous mangez le matin !


Toujours dans le domaine du sucre, il est depuis longtemps prouvé que la malbouffe (trop gras, trop sucré) fait grossir et est mauvaise pour la santé. Mais ce que nous ne savions pas encore, c’est qu’elle impacte la mémoire et ce, beaucoup plus rapidement qu’on ne pourrait le penser.

De l’autre côté du monde, à Sydney, Australie, Margaret Morris a nourri des rats à la malbouffe durant plusieurs semaines. Elle leur a ensuite fait passer un test de reconnaissance de la position des objets. Dans une boite, elle place un objet comme une tasse par exemple. Le rat vient immédiatement l’examiner car les rongeurs sont curieux par nature. Lorsque le rat a terminé la découverte de cette boite et de la tasse, il est mis à l’écart. Les chercheurs changent alors la position de l’objet connu, et ajoutent un objet inconnu. Lorsqu’un rat qui mange varié et sain est remis dans la boite, il se souvient de l’objet, même s’il a changé de place, et va donc passer plus de temps à renifler le nouveau. Tandis qu’un rat nourrit à la mal bouffe passe autant de temps à explorer les deux objets comme si celui qui avait simplement changé de place était en fait nouveau. 4 jours de malbouffe ont suffi pour altérer l’hippocampe et donc, la mémoire des rats.


Du coup moi je me pose une question, comment les sucres que nous ingérons impactent notre cerveau ? Comment font-ils ? Par où passent-ils ?

Et c’est une française qui vient nous éclairer à ce sujet. Sophie Layé du Neurocampus de Bordeaux a démontré que manger trop gras et trop sucré déclencherait une réaction inflammatoire qui se propagerait aux neurones. Comment cela est-il possible ? Manger trop sucré et trop gras déboussole le système immunitaire et provoque une réaction inflammatoire dans les tissus graisseux. Nos masses graisseuses libèrent alors des molécules porteuses de l’inflammation, et la propagent dans tout le corps jusqu’au cerveau par voie sanguine. Nous pensions nos neurones protégés par ce qu’on appelle la barrière hémato-encéphalique : c’est une membrane qui entoure les vaisseaux sanguins irriguant le cerveau et permettant de le protéger des infections portées par le sang. Cependant, le Dr Layé et son équipe ont découvert que cette barrière pouvait être détériorée par l’alimentation et devenir poreuse, permettant alors à ces molécules porteuses de l’inflammation de pénétrer dans le cerveau. Les cellules microgliales seraient les premières touchées par cette inflammation. Le rôle de base de ces cellules est de « nettoyer » le cerveau en le débarrassant des déchets, c’est-à-dire de manger les neurones morts. En situation de nutrition déséquilibrée, accrochez vous bien, ces cellules microgliales se mettent à manger des neurones vivants et détruisent des réseaux neuronaux entiers. Digne d’un film d’horreur.


On comprend mieux l’impact du sucre et de la malbouffe en général sur nos capacités cognitives. Mais qu’en est-il pour les personnes qui, elles, ne mangent pas du tout ? Que se passe t-il pour les personnes en carences alimentaires ?


Il existe deux expériences très intéressantes pour comprendre leur impact.


Le Pr Abzalberg a mené une étude quelque peu originale en prison ! Il a fait changer le régime alimentaire de plus de 250 détenus de 8 prisons différentes. Durant 3 mois, il leur a fait prendre des suppléments de vitamines, minéraux et oméga. Au bout de quelques semaines seulement, les effets sur leurs comportements étaient visibles : les placements à l’isolement avaient grandement baissés, le nombre d’incidents les impliquant étaient réduits d’un tiers, ils ont montré significativement moins de comportements violents. Serait-ce la solution pour la fin de la violence dans le monde ? On ne sait pas encore, mais ce peut être une piste !


Aussi, des carences en oméga 3 ont été étudiées sur le cerveau des souris. On a fait l’expérience de laisser grandir deux groupes de souris : un groupe avec une alimentation équilibrée et complète et un groupe avec une alimentation carencée en Oméga 3. Après leur développement, les souris sont placées dans une boite avec une partie sombre et une partie éclairée. L’animal a le choix : explorer la partie éclairée, ou se terrer dans l’ombre. Les souris ayant eu une bonne alimentation explorent la zone éclairée. Mais celles privées d'oméga 3 pendant la croissance, n’explorent pas, elles se réfugient dans un recoin sombre pour ne plus en sortir. Elles sont stressées et angoissées. Leur conclusion : sans oméga 3 pour se construire, le cerveau ne fonctionne pas normalement car il est constitué à 90% de graisses qu’il ne sait pas fabriquer lui-même. L'oméga 3 qu’on mange va aider à la connexion entre les neurones et faciliter la communication entre eux. Sauf que la population générale est carencée en oméga 3. Dans le monde aujourd’hui, on ne consomme plus assez d'Oméga 3 alors n’hésitez surtout pas à manger du maquereau. C’était le message principal du podcast, mangez du maquereau. Yes ça c’est du contenu.


Toujours est-il que les preuves démontrant l’impact de notre alimentation sur nos fonctions cognitives s’accumulent. D’où l’importance d’un régime alimentaire équilibré, varié et riche en bonnes matières grasses. Le régime le plus recommandé pour vos neurones est le régime méditerranéen. Beaucoup de fruits et de légumes. Et surtout plein d’oméga 3.


Pour les friands de chocolat qui sont parmi vous, ce dernier est fort en tryptophane. Le tryptophane est une molécule qui favorise la sécrétion de sérotonine jouant sur l’humeur et favorisant notamment les sentiments de bien-être. Les gens en baisse de moral ont souvent une baisse de sécrétion de sérotonine. C’est pour ça qu’on dit que le chocolat rend heureux. Mais pour réellement atteindre les mêmes effets qu’un antidépresseur par exemple, il faudrait manger beaucoup beaucoup de chocolat. Mais pas du chocolat au lait. Non, non là je parle de chocolat minimum 80% de cacao. A bon entendeur.


Ce que vous ingérez a donc un impact clair sur votre comportement et vos capacités cognitives. Votre cerveau a des besoins nutritifs pour fonctionner efficacement. Donc si vous souhaitez optimiser vos capacités cognitives, si vous devez prendre des décisions importantes ou encore si vous voulez vous sentir moins stressé, n’oubliez pas de bien vous alimenter ! Moins de sucre, moins de gras, plus de protéines et d’oméga 3.


Cependant, sachez que votre microbiote à lui seul, a déjà un pouvoir d’influence incroyable sur votre cerveau.

Votre ventre est constitué d’un microbiote c’est-à-dire de bactéries. 100 000 milliards de bactéries ! Avec plein de familles de bactéries différentes. Et toutes ces familles sont essentielles. Cependant, selon votre génétique et vos expériences de vie, certaines bactéries peuvent être présentes de façon plus ou moins importante. Et cela impacte votre cerveau !


Par exemple l’année dernière, des chercheurs de l’Université catholique de Louvain en Belgique, ont observé que deux groupes de bactéries intestinales (Coprococcus et Dialister), étaient beaucoup moins présentes chez les personnes atteintes de dépression. La présence de ces bactéries dans notre ventre semblerait donc avoir une fonction protectrice contre les symptômes de dépression et permettre une qualité de vie plus élevée. Malheureusement ces bactéries ne se trouvent pas dans notre alimentation. Elles sont présentes ou elles ne le sont pas dans votre intestin. Tout simplement. D’où le caractère “inné” de la dépression.


Notre premier podcast touche à sa fin. J’espère qu’il vous a plu. En tout cas, la prochaine fois que vous vous sentez irrité et irritable, anxieux, que vous n’arrivez pas à vous concentrer ou mémoriser, je vous propose de réfléchir à ce que vous avez mangé durant les jours précédents. La réponse se trouvera peut-être là.


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