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  • Anaïs Roux

Episode 14 | Celui où on parlait des différences homme-femme

Dernière mise à jour : août 19




Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Neurosapiens !


Cette semaine, je vais aborder un sujet qui suscite beaucoup de débats, pas seulement dans la société, mais aussi au sein de la communauté scientifique. Je vais parler des supposées ou non différences entre un cerveau masculin et un cerveau féminin. La question est simple : existe-t-il des différences ? Et s’il oui, ces différences sont-elles issues de la génétique ou des expériences de vie ?

Malheureusement pour ceux qui ont besoin d’avoir une réponse franche et nette telle que OUI ou NON, vous ne trouverez pas cette réponse ici. Ni autre part d’ailleurs. Car la réponse tranchée et validée scientifiquement, et bien, nous ne l’avons pas. Les chercheurs sont toujours partagés sur le sujet. Mais cela ne nous empêche pas d’avoir de jolies découvertes et petites avancées sur le sujet.


Par peur d’exploitation idéologiques discriminantes, certains peuvent prendre position en disant qu’il n’y a pas de différences entre les cerveaux. Cependant si ces différences existent, si elles sont réelles, malheureusement, ce ne serait rendre service que de les taire. Je pense notamment à la prévalence d’une maladie selon les sexes par exemple. Taire les différences cérébrales homme / femme, ce serait nier que les femmes sont deux à trois fois plus susceptibles d’être touchées par la sclérose en plaques que les hommes par exemple, et empêcherait alors toute étude sensée concernant le traitement.

Quant aux différences non pathologiques, mais impactant la vie quotidienne, je trouve qu’il est toujours plus intéressant de regarder comment ces différences apparaissent et s’expriment, et pourquoi - est-ce l’environnement qui a généré ces différences ? ou est-ce que ça a toujours été là ? Bref, voilà, c’est un peu le prisme que j’aimerais qu’on prenne en écoutant ce podcast car c’est en tout cas celui que j’ai en vous parlant.


Dans cet épisode, je vous propose qu’on parte à chaque fois d’une idée reçue et qu’on la confronte aux recherches actuelles sur le sujet. Lorsqu’on remarque que des différences cérébrales existent entre les sexes, sont-elles innées, ou sont-elles façonnées par l’environnement ?


IDÉE REÇUE N°1 | Les femmes ont un cerveau plus petit que les hommes


En moyenne le cerveau d’un homme est de 1 290 cm3 contre 1 130 cm3 chez la femme. Aussi le cerveau d’un homme pèse en moyenne 1,3 kilos et la femme 1,1 kilos. Mais tout cela n’est absolument pas une question d’intelligence. Mais plutôt une question de taille et de carrure. Plus une personne sera grande, plus son cerveau sera volumineux et lourd. Et comme l’homme est en moyenne 10 à 15 % plus corpulent qu’une femme, le calcul est vite fait.

Ce ratio taille du corps et taille /poids du cerveau est importante à garder en tête car cela signifie qu’un homme et une femme de tout deux 1m75 ont une taille et un poids du cerveau à peu près similaires. La différence se notera surtout entre un homme d’1m90 et une femme d’1m60.

Donc, en clair, hommes et femmes ont, proportionnellement, le même cerveau.


IDÉE REÇUE N°2 | Il n’y a pas de différence anatomique entre un cerveau masculin et un cerveau féminin


Grosso modo homme et femme ont le même cerveau. Cependant, il existe de légères différences anatomiques qui ne seraient pas le résultat de l’influence de l’environnement sur le cerveau, mais plus le résultat des hormones.


Ces différences anatomiques concerneraient notamment la symétrie cérébrale. Nous avons nos deux hémisphères, le droit et le gauche qui sont reliés et qui communiquent entre deux par ce qu’on appelle le corps calleux. Et bien cette connexion entre les deux hémisphères serait beaucoup plus forte chez la femme, les deux hémisphères communiquant alors beaucoup plus. Chez l’homme, on observe moins de connexions entre deux hémisphères mais plus de connexions au sein d’un seul et même hémisphère. Donc potentiellement, le cerveau féminin est beaucoup plus symétrique que celui de l’homme. Les neurobiologistes montrent aujourd’hui que les différences de symétrie cérébrale liées au sexe résultent en partie de l’influence des hormones sexuelles sur le cerveau lorsqu’il se développe.


Markus Hausmann, neuropsychologue à l’Université de Durham en Grande-Bretagne, a notamment prouvé le rôle des hormones dans cette symétrie cérébrale à travers une étude où il a étudié des cerveaux de femmes avec un IRM et un électroencéphalogramme. Dans son étude, Hausmann a montré que l’hormone de la progestérone est particulièrement influente. Pendant les règles, la progestérone est au plus bas et les femmes traitent surtout l’information avec leur hémisphère gauche. Ce fonctionnement cérébral est typiquement masculin puisque les hommes ont surtout des connexions au sein d’un seul et même hémisphère. En revanche, après l’ovulation, quand le taux de progestérone remonte fortement, les deux hémisphères cérébraux participent de façon égale au traitement de l’information. La connexion entre les deux hémisphères est entièrement rétablie si on peut dire.

D’après ces résultats, plus la concentration en progestérone est élevée, plus le cerveau travaille donc de façon symétrique.

Par la suite, de nombreuses autres études sont venues confirmer l’influence de ces hormones dans le travail symétrique du cerveau.


Une autre étude de 2001 menée par Jill Goldstein de l’Université d’Harvard, a découvert que certaines parties du lobe frontal, qui le siège des fonctions cognitives supérieures comme l’attention, la planification, la mémoire de travail, étaient plus volumineuses chez les femmes que les hommes. Tout comme certaines régions du cortex limbique impliqué dans les émotions étaient aussi plus volumineuses chez les femmes. A l’inverse, certaines régions du cortex pariétal en jeu dans la perception spatiale, sont plus volumineuses chez les hommes.


Et plotwist, les régions cérébrales pour lesquelles Jill Goldstein a trouvé des différences homme / femme sont parmi celles qui contiennent le plus de récepteurs d’hormones sexuelles au cours du développement du cerveau. L’influence des hormones dans l’anatomie du cerveau semble donc réelle et expliquerait certaines différences entre les hommes et les femmes.



IDÉE REÇUE N°3 | L’instinct maternel, comme son nom l’indique n’existe que chez la mère


Faux ! Catherine Dulac, neurobiologique a mis en avant l’existence d’un circuit de la parentalité similaire à l’homme et à la femme. Cette étude porte sur des souris mais rappelez-vous l’épisode d’introduction : la souris possède un génome à 90% similaire au nôtre ce qui ont font de très bon modèles. Ce qui se passe dans le cerveau d’une souris lors d’une expérience a de très grandes chances de se voir reproduit dans le cerveau humain. Ce circuit de la parentalité fonctionnerait donc comme un interrupteur de parentalité. Ce sont les hormones qui vont venir activer cet interrupteur et envoyer le message “prends soin de tes enfants” ! D’autant plus que le taux de testostérone des pères diminue d’environ un tiers au cours des premières semaines qui suivent la naissance de l’enfant, ce pourrait rendre les pères moins agressifs et plus prêts à s’occuper de leur enfant.

Cette étude montre qu'hommes et femmes peuvent être de bons ou mauvais parents, selon si cet interrupteur est ON ou OFF. Il n'y a pas de capacité supplémentaire à la naissance chez l'un ou l'autre.



IDÉE REÇUE N°4 | Les hommes ont une meilleure orientation spatiale


En 2008, deux groupes de recherche ont en effet démontré de légères différences de capacités spatiales chez des bébés âgés de 3 mois, en faveur des garçons. Selon eux, cette capacité serait initialement influencée par la testostérone prénatale, mais pour le moment ce n’est qu’une hypothèse. Mais l’ampleur de cette différence, qui au début est très faible, devient de plus en plus importante en grandissant.

Deux études de la neurobiologiste Karin Kucian à l’Université de Zurich viennent confirmer cela. Une première étude a montré que les garçons et les filles de moins de 10 ans ont des activités neuronales similaires lorsqu’ils réalisent une tâche mentale de rotation d’objet dans l’espace. En revanche, lorsqu’on fait passer la même tâche chez des hommes et femmes adultes, on remarque des différences d’activations cérébrales. Il semblerait donc que le cerveau des garçons et celui des filles traitent les informations spatiales de façon de plus en plus différente à mesure que les enfants grandissent.

Ces capacités sont notamment influencées par les activités que pratique l’enfant. Les activités favorisant ces capacités sont notamment les jeux vidéos, les jeux de construction, de conduite, de tir etc. Vous voyez où je veux en venir. La séparation sexiste des jeux pour enfants entraîne une différence parfois flagrante dans le développement des capacités mentales.

L’environnement et l’éducation sont donc les principales raisons des différences possibles entre hommes et femmes concernant l’orientation spatiale.



IDÉE REÇUE N°5 | Les femmes sont plus empathiques et attentives aux émotions


Olivier Collignon, docteur en sciences psychologiques à Montréal, a étudié cela dans une étude récente. 23 femmes et 23 hommes adultes devaient identifier chez l’acteur ou l’actrice en face d’eux, si l’émotion véhiculée était de la peur ou du dégoût. Les acteurs devaient exprimer l’émotion de trois façons différentes : soit avec seulement un son, comme “beurk”, soit avec l’expression du visage, soit avec les deux ! Les résultats sont sans appel : Les femmes identifient beaucoup mieux que les hommes les expressions émotionnelles, qu’elles soient auditives ou visuelles.

Ces différences homme / femme sont notamment dû au fait que, toujours selon cette expérience, les aires du cerveau impliquées dans le traitement des émotions révèlent des différences notables dans leur structure et dans leur façon de fonctionner. Les régions du système limbique en charge des émotions s’activeraient davantage chez les femmes que chez les hommes lorsqu’il s’agit de traiter les expressions émotionnelles.


Et breaking news, ces différences entre hommes et femmes seraient en partie innées. En effet, des différences sont déjà présentes chez des nouveaux-nés alors même qu’ils n’ont pas encore été sociabilisés et confrontés à la société. Une étude du psychologue Simon Baron-Cohen, de l’Université de Cambridge a montré que les garçons nouveau-nés sont plus intéressés par les objets que par un visage et que les filles nouveau-nés réagissent beaucoup plus à des sons de détresse et recherchent le contact visuel. Ensuite, l’environnement et l’éducation viennent renforcer encore plus ces différences.



IDÉE REÇUE N°6 | Les femmes ont plus d’appétence pour la lecture et les langues


C’est archi-faux et Iris Sommer, de l’Université d’Utrecht aux Pays-bas, nous l’a prouvé en 2008. La chercheuse a combiné une vingtaine d’IRM d’hommes et de femmes et rien ne prouve une différence de latéralisation des aires du langage. Depuis, d’autres études à grande échelle ont confirmé le fait que le sexe expliquerait au max 3% des différences de capacités verbales chez des enfants. Les femmes ne sont pas mieux câblées pour la lecture. La seule variable expliquant cette différence est l’environnement. L’environnement et l’exposition au langage expliqueraient plus de 50% des différences homme / femme.



IDÉE REÇUE N°7 | Les femmes et les hommes sont égaux face aux maladies et aux traitements médicamenteux



C’est faux ! Et il est crucial de le reconnaître. Pendant longtemps, on a admis à tort qu’un médicament efficace pour un homme le serait pour une femme. Aujourd’hui, de nombreuses études ont montré des différences, et les prendre en compte devrait permettre d’améliorer la prise en charge de certaines maladies et notamment les maladies mentales sur lesquelles je vais faire un focus.


Les médecins savent depuis longtemps que les hommes et les femmes ne réagissent pas de la même façon face aux maladies mentales. Ils n’ont pas les mêmes symptômes, les caractéristiques de la maladie ne sont pas les mêmes et ils ne réagissent pas de la même façon aux médicaments. Notamment en ce qui concerne la dépression.

Chez les femmes, l’émotion principale est la tristesse, tandis que pour les hommes, c’est plutôt la colère ou l’irritabilité, s’y ajoutent des comportements imprudents. A partir de là, les traitements ne devraient pas être les mêmes.

Les caractéristiques d’une dépression masculine ne ressemblent pas à celles qu’on décrit partout. On pense que c’est autre chose alors les hommes déprimés se font moins souvent aider et présentent quatre fois plus de risques de se suicider.

Aussi, les femmes sont plus sujettes à certaines maladies et notamment à cette fameuse dépression, et le coupable serait, je vous le donne en mille, les hormones ! Dans une étude publiée en 2008, Tracy Bale de l’Université de Pennsylvanie, met en avant le rôle de la testostérone comme protection contre la dépression. En revanche, les pics d’oestrogènes rendraient vulnérable à la dépression car l’oestrogène stimule la production de cortisol, l’hormone du stress et vient interférer avec les stocks de sérotonine : l’hormone qui régule les humeurs. Hausse du stress et baisse de la sérotonine égale fatigue excessive, anxiété et plein d’autres symptômes typiquement féminins de la dépression.


Notre épisode se termine ici. Il existe des dizaines et des dizaines d’idées reçues concernant les différences homme femme. Malheureusement je ne peux pas toutes les aborder aujourd’hui, mais sachez que pour la plupart, il existe de base des différences cérébrales. Oui. Ces différences cérébrales de base sont souvent expliquées par les différences hormonales. Le cerveau humain fonctionne toujours avec les mêmes hormones, mais hommes et femmes en produisent en quantité différente, et ce n’est pas sans conséquence. Mais ces différences liées aux hormones sont généralement trop faibles pour expliquer le tel écart de comportements qu’on observe aujourd’hui dans la société entre les hommes et les femmes. Ces écarts qui se creusent sont le fruit de la société.


Sources bibliographiques :

  1. Hodgetts, S., Haussman, M. (2020). Sex/Gender Differences in the Human Brain.

  2. Goldstein, J. & co. (2005). Sex Differences in Prefrontal Cortical Brain Activity During fMRI of Auditory Verbal Working Memory

  3. Goldstein JM, Seidman LJ, Horton NJ, Makris N, Kennedy DN, Caviness VS, Faraone SV, Tsuang MT. (2001). Normal sexual dimorphism of the adult human brain assessed by in vivo magnetic resonance imaging. Cereb Cortex.

  4. Dulac, C., Kohl, J. (2018). Functional circuit architecture underlying parental behaviour.

  5. Kucian K, Loenneker T, Dietrich T, Martin E, von Aster M (2005) Gender differences in brain activation patterns during mental rotation and number related cognitive tasks. Psychology Science, 47(1), 112- 131.

  6. Collignon, O., Gosselin, F., Saint-Amour, D. (2009). Women process multisensory emotion expressions more efficiently than men

  7. Baron-Cohen, S. Connellan, J. (2000). Sex Differences in Human Neonatal Social Perception

  8. Sommer, I. (2008). Sex differences in handedness and language lateralization

  9. Bale, T., Goel, N. (2009). Organizational and Activational Effects of Testosterone on Masculinization of Female Physiological and Behavioral Stress Responses.


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