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  • Anaïs Roux

Episode 16 | Celui où on parlait de la beauté


Gal Gadot, neurosciences, beauté, cerveau
Neurosciences et beauté


Hello tout le monde ! J’espère que vous allez bien ! On se retrouve aujourd’hui pour un nouvel épisode ! Cette introduction fait vraiment Youtubeuse. Mais je crois que vous vous rendez pas compte à quel point c’est d’une difficulté de faire des introductions. Pour moi, ça doit être la partie la plus dure de la création d’un podcast. Juste dire bonjour quoi. Donc je vous propose cette fois-ci on va zapper l’intro, ok, et on va passer directement au contenu. Ça m’évitera des nœuds au cerveau et je pense sincèrement que ça me fera gagner 30 minutes.

Alors aujourd’hui, le sujet que je vais aborder dans cet épisode est celui de la beauté. Gal Gadot, si tu m’écoutes, cet épisode est pour toi.


Durant les 15 minutes que nous allons partager ensemble, vous et moi, pas Gal Gadot et moi, nous allons nous concentrer sur la beauté des visages car il y a déjà pléthores d’études sur le sujet, qui sont toutes très intéressantes. Mais si le sujet de la beauté dans l’art, l’architecture, le design etc. vous intéresse, n’hésitez pas à me le faire savoir, et j’en ferai le thème d’un autre épisode.


Dans cet épisode, nous irons creuser ensemble du côté de la définition de la beauté que nous donne le cerveau. La vision de la beauté est-elle universelle ? Ou diffère-t-elle majoritairement selon les individus ? Quels éléments viennent influencer notre jugement : pourquoi trouve-t-on un visage beau et un autre plus disgracieux ? Ensuite nous irons regarder les réactions cérébrales lorsque nous sommes face à quelqu’un que nous jugeons beau.



Alors, pourquoi allons-nous trouver un visage beau et un autre moins beau ?

Il y a deux raisons expliquant cela et aujourd’hui il semblerait que ces deux raisons soient complémentaires. Premièrement, la beauté aurait un côté universel ce qui explique le succès de certains mannequins par exemple. Mais la perception de la beauté serait aussi issue de quelque chose de plus personnel, ce qui explique que les gens ne soient pas d’accord sur la beauté du collègue par exemple. La vision de la beauté serait donc à la fois universelle et individuelle.


Commençons par l’aspect universel. Une compilation de 919 études portant sur plus de 15 000 participants a révélé que globalement, les gens s’accordent pour dire si un visage est attirant ou non, qu’importe la culture, l’âge ou le sexe des participants. De même, une étude menée par Alan Slater, psychologue chercheur à l’université d’Exeter au Royaume-Unis a montré que des nourrissons de 6 mois regardent en moyenne plus longtemps des visages jugés séduisants par des adultes, et passent moins de temps à regarder les visages évalués comme non séduisants. Cela suggère fortement qu’une partie des jugements sur la beauté d’un physique est déjà câblée dans le cerveau dès la naissance et serait héritée de nos ancêtres.

Quels éléments rendraient un visage universellement beau ?


Premièrement, il y aurait une question de symétrie. Les adultes trouvent généralement les visages symétriques plus attirants que les autres. Idem, les nouveau-nés regardent plus longtemps des photographies de visages dont les deux yeux sont symétriques que celles montrant des yeux asymétriques. Diverses recherches ont suggéré que cette préférence a été sélectionnée parce que la symétrie des visages est associée à une meilleure santé. Chez les insectes aussi d’ailleurs, les insectes sont naturellement symétriques la plupart du temps. Un insecte devient généralement asymétrique à la suite d'une infection.


Le deuxième facteur qui contribuerait universellement à l’attrait d’un visage serait l’effet des hormones ! L'œstrogène et la testostérone joueraient un rôle important dans la définition des caractéristiques que nous trouvons attirantes. Chez les hommes, James R. Roney, de l’université de Californie a montré qu’un taux de testostérone élevé rendait leur corps et visage plus attrayants. Mais c’est surtout chez les femmes que l’influence de l'œstrogène sur la perception de la beauté semble forte. Dans une étude menée par Law Smith en 2005, l’oestrogène a été mesuré chez les femmes au cours de leurs cycles menstruels. En effet le taux d’oestrogène varie en fonction de la période du cycle et est à son plus fort deux jours avant l’ovulation. Durant tout le cycle, des hommes ET des femmes ont évalué leur beauté. Et bien, les femmes dont le taux d'œstrogène était plus élevé avaient une meilleure évaluation de leur féminité, de leur attractivité et de leur santé.


Quand j’ai rapproché ces deux études, j’ai tout de suite pensé à une légende que toutes les filles ont déjà dû entendre à un moment donné qui était que lors de notre ovulation, notre visage était plus symétrique et donc plus attractif. Il est vrai que le visage change légèrement sous l’effet des oestrogènes et notamment la qualité de la peau et la production de poils. Mais pour le moment, il n’y a encore aucune étude à grande échelle ayant clairement démontré une influence des oestrogènes sur la symétrie faciale au cours du cycle menstruel.


La beauté aurait un côté universel dans le sens où qu’importe le sexe, l’âge ou la culture des personnes, on tend à apprécier la beauté des personnes dont le visage est le plus symétrique. Aussi, il semblerait que nous trouvions plus beaux les visages de personnes donc le taux d’hormones est très élevé, l’oestrogène pour les femmes et la testostérone pour les hommes. Cependant, les recherches les plus récentes cherchent à mettre en avant le fait que les différences interindividuelles prennent le dessus dans ce qu’on trouve beau ou non. En bref, la beauté se trouverait plutôt dans l'œil de celui qui regarde.

Cette branche de la recherche sur la beauté postule qu’aujourd’hui, les attributs universels de la beauté comme la symétrie ont été sélectionnés il y a des millions d’années. A cette époque, la vie n’était vraiment pas fastoche, très brutale. La symétrie signifiait la bonne santé et donc permettait de mieux choisir les personnes pour se reproduire. Mais ces critères ne sont plus vraiment d’actualité aujourd’hui car nous ne luttons plus pour notre survie. Ce que nous trouvons beau n’est plus vraiment issu des gènes selon eux.

Pour prouver cela, des chercheurs américains, Jéremy Wilmer et Laura Germine ont testé les préférences de 547 paires de jumeaux identiques et de 214 paires de jumeaux non identiques du même sexe en leur faisant évaluer l'attrait de 200 visages. Si les gênes avaient encore aujourd’hui une influence, des jumeaux identiques devraient s’accorder majoritairement sur la beauté des visages. Mais ce ne fut pas le cas. Les résultats de l’étude montrèrent que la perception de la beauté d’un jumeau est basée sur ses expériences personnelles et non sur ses gênes.

Le joli visage que vous voyez a apparemment beaucoup plus à voir avec les expériences qui vous sont vraiment uniques : les visages que vous avez vus dans les médias ; les interactions sociales uniques que vous avez chaque jour de votre vie ; peut-être même le visage de votre premier petit ami ou petite amie.

Une étude de Philip Cooper en 2008 est venue confirmer l’influence de l’expérience récente sur le jugement de la beauté. Les participants ont d'abord regardé durant 8 minutes des visages féminins. Certains participants ne regardaient que des femmes dont les traits étaient placés haut dans le visage, d’autres participants n’avaient que des femmes donc les traits étaient en position basse, et d’autres encore avaient des femmes dont les traits étaient dans la moyenne. Puis quelques heures plus tard on leur proposait de venir participer à une autre expérience. C’était en fait la même, mais ils ne le savaient pas. Les chercheurs voulaient voir l’influence des visages que les participants venaient de voir sur leur perception de la beauté. Lors de cette deuxième partie de l’expérience, on leur demandait de former sur l’ordinateur le visage le plus attrayant à leur goût. Et bien les traits que trouvaient les participants attrayants, ont été affectés par les visages vus pendant la tâche d’observation précédente. Les participants ayant vu des visages avec des traits en position haute plaçaient les traits de leur visage idéal dans des endroits plus élevés que les participants ayant vu des visages avec des traits en position basse ou moyenne. Les résultats montrent donc que la perception de l'attractivité est influencée par l'expérience récente.

C’est pour cela que nous trouvons souvent les visages moyens attirants. Au quotidien, nous croisons des visages extrêmement divers : des traits hauts, des traits bas, des yeux proches, des yeux éloignés etc. Notre cerveau crée un prototype interne du visage moyen, et met sans cesse à jour ce prototype en fonction de nos expériences.


Je sais pas si vous avez vu passer depuis quelques années un article qui montrait les visages représentant la beauté dans plein de pays du monde ? Cet article illustre à merveille l’impact de nos expériences. En effet, les visages pouvaient drastiquement différer selon les pays. La femme bulgare avait les yeux plus rapprochés, la femme italienne la bouche plus pulpeuse etc. Et bien en fait, ce visage moyen de la beauté par pays est le résultat des expériences des gens. Les visages des personnes qui nous entourent influent sur ce que nous trouvons attrayant, et vont venir définir notre vision de la beauté. Une étude de l'Université de St Andrews a examiné comment l'apparence de la population du pays dans lequel on vit, influence nos préférences faciales. Les chercheurs ont constaté que les gens avaient tendance à trouver plus belles les personnes ayant les mêmes caractéristiques que celles auxquelles ils sont familiers.

Par conséquent, si vous avez grandi en France, vous avez un prototype moyen de visages français dans votre cerveau. Ce prototype va vous guider dans ce que vous trouvez beau ou pas. Mais si vous déménagez et allez vivre plusieurs années aux Etats-Unis par exemple, ce prototype évoluera fortement pour s’adapter aux visages des gens là-bas. Et votre vision de la beauté évoluera.

Au début, on pensait donc que la beauté était universelle. Puis on a pensé que “La beauté était dans l'œil de celui qui regarde”. Mais il se pourrait en fait que “La beauté soit dans les visages de ceux qui nous entourent”.


Allez, passons un peu du côté du cerveau. Quelles zones de votre cerveau vont s’activer face à ce qu’il trouve beau ?

Déjà, il faut savoir que notre cerveau, contrairement aux idées reçues, n’a pas besoin de contempler longuement une personne / un visage / une œuvre d’art ou autre pour estimer sa beauté. La chercheuse Aenne Brielmann a révélé grâce à une étude qu’une fraction de seconde suffit à notre cerveau pour évaluer la beauté.

Lorsqu’on voit un visage attirant, les régions du cortex visuel s’activent. Le cortex visuel se trouve à l’arrière de votre crâne. Aussi, une zone appelée le gyrus fusiforme s’active. Cette zone se trouve dans le cortex temporal, sur les côtés du crâne et est spécialement programmée pour distinguer les visages.

De plus, les visages attirants activent des zones associées à la récompense et au plaisir, dans les profondeurs du cerveau. Face à un visage jugé beau par notre cerveau, notre cortex visuel va interagir avec les zones du plaisir afin d’accentuer et valoriser son expérience de la beauté.



L’épisode touche à sa fin ! Je vous propose qu’on résume tout ce qu’on y a appris.

La beauté aurait un côté universel dans le sens où qu’importe le sexe, l’âge ou la culture des personnes, on tend à apprécier la beauté des personnes dont le visage est le plus symétrique. Aussi, il semblerait que nous trouvions plus beaux les visages de personnes donc le taux d’hormones est très élevé, l’oestrogène pour les femmes et la testostérone pour les hommes. Cependant, les recherches les plus récentes ont montré qu’en fait, la beauté se trouverait dans les visages de ceux qui nous entourent. Nous créons notre vision de la beauté en combinant, en créant une moyenne, de tous les visages qui nous entourent, des visages auxquels nous sommes familiers. Le côté universel de la beauté expliquerait donc pourquoi nous nous accordons tous sur la beauté de certaines personnes, et le côté individuel expliquerait au contraire pourquoi finalement la plupart du temps, nos avis diffèrent.

Merci beaucoup de votre écoute ! Si vous avez aimé l’épisode et que vous appréciez Neurosapiens, je vous invite à mettre 5 étoiles et un commentaire sur Apple podcast en me racontant ce qui vous a particulièrement plu dans cet épisode. Le prochain épisode est dans deux semaines et en attendant vous pouvez me retrouver sur l’Instagram neurosapiens.podcast.

A bientôt !


Sources bibliographiques :


  1. Ishizu T, Zeki S (2011) Toward A Brain-Based Theory of Beauty. PLoS ONE 6(7): e21852.

  2. Workman, C. (2021). Morality is in the eye of the beholder: the neurocognitive basis of the “anomalous‐is‐bad” stereotype

  3. Batres, C. (2017). Familiarity with Own Population’s Appearance Influences Facial Preferences

  4. Cooper, P. A., & Maurer, D. (2008). The influence of recent experience on perceptions of attractiveness. Perception, 37(8), 1216–1226.

  5. Morse, S. J., Gruzen, J., & Reis, H. (1976). The “eye of the beholder”: A neglected variable in the study of physical attractiveness? Journal of Personality, 44(2), 209–225.

  6. Germine, L., Russel, R. (2015). Individual Aesthetic Preferences for Faces Are Shaped Mostly by Environments, Not Genes.

  7. Perrett, D. (2010). In Your Face: The New Science of Human Attraction. Palgrave Macmillan, London UK.

  8. Law Smith, M.J., Perrett, D.I., Jones, B.C., Cornwell, R.E., Moore, F.R., Feinberg, D.R., Boothroyd, L.G., Durrani, S.J., Stirrat, M.R., Whiten, S., Pitman, R.M., Hillier, S.G. (2005). Facial appearance is a cue to oestrogen levels in women.

  9. Yarosh, D. (2019). Perception and Deception: Human Beauty and the Brain.

  10. Slater, A. Quinn, P. (2008). Preference for attractive faces in human infants extends beyond conspecifics

  11. Germine, L. (2015). Individual Aesthetic Preferences for Faces Are Shaped Mostly by Environments, Not Genes.

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