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  • Anaïs Roux

Episode 21 | Celui où on parlait de l'amour


cerveau, amour, couple, neurosciences
Cerveau et amour

Bonjour tout le monde ! Nous nous retrouvons aujourd’hui pour le dernier épisode de la saison 2 de Neurosapiens. Il arrive sans crier gare et je vous sens tous déjà dévastés à l’idée de passer l’été à la plage sans épisode de Neurosapiens. Mais no panic, ce ne sera qu’une petite pause estivale qui durera tout le mois d’août et je reviendrai en force dans vos oreilles le 8 septembre pour le premier épisode de la saison 3 ! Je n’en reviens pas d’arriver déjà à la saison 3 de Neurosapiens. C’est dingue. Surtout que le 8 septembre, nous fêterons les 1 an du podcast ! Pour célébrer le fait que mon podcast commence à marcher tout seul et à acquérir la permanence de l’objet - blague de psy je suis désolée - j’organiserai début septembre un concours sur l’instagram Neurosapiens.podcast ! Donc filez vous abonner pour ne pas le louper ! A présent, trêve de blablatage, c’est partie pour l’épisode de cette semaine !



Dans le monde entier et de tout temps, les gens aiment. Les mythes et légendes portent sur l’amour et son contraire. Les anthropologues ont découvert que l’amour romantique existait dans plus de 170 sociétés humaines ! L’amour semble être la pierre angulaire de notre espèce mais aussi de bien des espèces animales.

L'amour romantique est une des plus puissantes sensations qui existent. Pour Helen Fisher, une des plus grandes chercheuses sur l’amour, l’amour n’est pas une émotion, c'est une pulsion aussi puissante que la faim. Quand vous êtes amoureux, vous ne pouvez plus vous arrêter de penser à cette personne. Comme si celle-ci avait posé sa tente et campait tranquillou dans votre tête, sans vous demander la permission. L’amour s’impose à vous, sans réflexion aucune. Vous n’avez pas le choix.

Il y a quelque chose qui m’a toujours percutée : quasiment personne ne sort indemne de l'amour. Et pourtant, on y retourne tous. Pourquoi ? Quand on se brûle, on ne s’approche plus du feu. Il a même tendance à nous faire peur. Pourquoi en ce qui concerne l’amour, on retourne tête la première dans une relation bien que notre coeur aie été piétiné quelques mois avant ? L’amour modifierait-il le fonctionnement du cerveau ?

Dans cet épisode, nous répondrons aux questions suivantes : Que se passe-t-il dans le cerveau quand on tombe amoureux ? L’amour dure-t-il réellement 3 ans ? Et pourquoi tombe-t-on amoureux d'une personne plutôt qu'une autre ?


Regarder l’être aimé, se trouver en sa présence, s’accompagne de nombreux “symptômes” entre guillemets, physiques. Le cœur s’accélère, vous avez souvent des coups de chauds, vos mains deviennent moites, vous avez des papillons dans le ventre. Ces effets sont entièrement incontrôlables, je le précise pour toutes celles et ceux qui tentent de paraître un tant soi peu “chill” devant leur crush. Que se passe-t-il dans un cerveau amoureux ? Et bien, il faut savoir que cet état d’euphorie suivi d’un attachement profond envers l’être aimé est le fruit d’un joli cocktail chimique.

Ce lien amoureux est majoritairement composé de deux ingrédients : l’ocytocine, plus connue sous le nom “d’hormone de l’attachement” et la vasopressine.

Le rôle de ces deux hormones dans l’attachement amoureux a été mis en évidence pour la toute première fois en 1992 par le chercheur Thomas Insel, qui a étudié quasiment toute sa carrière les liens d’attachements et la biologie qui lui est liée.

Insel et ses collègues ont étudié principalement les liens entre mâles et femelles chez deux espèces, le campagnol des prairies et le campagnol des montagnes. Ces deux petits rongeurs sont génétiquement semblables à 99 %, mais ce 1 % de divergence explique certaines différences spectaculaires. Comme notamment leur lien d’attachement.

Les campagnols de prairie s'accouplent pour la vie. Ils vivent en couples monogames, nichent ensemble, se blottissent souvent côte à côte. Tous deux sont des parents affectueux et attentifs. En revanche, le campagnol des montagnes est un solitaire et change régulièrement de partenaire. Le mâle et la femelle ne se réunissent que brièvement pour s'accoupler. Le mâle ne s'investit pas dans sa progéniture.

En étudiant la chimie cérébrale de ces deux rongeurs, les scientifiques ont découvert que deux hormones libérées pendant l'accouplement pouvaient jouer un rôle dans la création de liens affectifs.

Premièrement, l'ocytocine, une hormone présente chez tous les mammifères, et qui est associée à la lactation. Deuxièmement, la vasopressine qui est une hormone engendrant un comportement agressif de protection de la femelle et un comportement paternel chez les mammifères mâles.

Pour confirmer l’importance de ces deux hormones, Insel a bloqué la libération d'ocytocine chez la femelle et de vasopressine chez le mâle campagnol des prairies, les monogames. Ces derniers s'accouplaient alors mais sans former d’attachement durable. Ils ont ensuite injecté ces hormones dans les campagnols des montagnes, polygames, et ces derniers ont développé un attachement durable suite à l’accouplement.

Insel a aussi découvert que chez le campagnol des prairies monogames, les récepteurs de l’ocytocine et de la vasopressine se trouvaient dans des circuits qui étaient importants pour la récompense et le renforcement. En libérant ces hormones dans le système de récompense, le campagnol développe une sorte d’addiction, de dépendance au campagnol avec qui il s’accouple. Ils retournent alors encore et encore vers le même partenaire.

Les conclusions d’Insel étaient sans appel : l’ocytocine et la vasopressine ont la capacité extraordinaire d'activer ou de désactiver le développement d'un lien de couple.

Depuis, le rôle de ces hormones a pu être étudié chez l’Homme et leur rôle dans notre attachement amoureux a aussi été confirmé. L’ocytocine est par ailleurs, une hormone favorisant aussi l’attachement mère - enfant.


J’aimerais revenir sur un point de la découverte d’Insel : l’implication du système de récompense. Oui, ce même système qui est impliqué dans la prise de drogue par exemple, dans l’addiction. Ces systèmes de récompense sont énormément impliqués dans l’amour. Par exemple, au début de la relation, on remarque une forte libération de dopamine par la substance noire, une structure présente au cœur du cerveau. Et cette libération de dopamine se retrouve tout du long de la relation amoureuse.

Il y a quelque chose de très passionnel avec l’amour, de très addictif, de non-contrôlable. Intuitivement, on pourrait se dire que l’amour, l’attachement amoureux est quelque chose de si complexe qu’il sollicite majoritairement le cortex cérébral, une zone du cerveau plus récente, qui gère des éléments subtiles. Mais en fait, pas du tout. Au contraire, même. Le sentiment amoureux semble géré par des structures cérébrales très anciennes et profondes, expliquant le fait qu’on tombe amoureux brutalement, subitement, de manière inattendue.

Ce sont les chercheurs Andreas Bartels et Semir Zeki de l’Université de Londres, qui ont mis en avant le rôle important des structures profondes du cerveau dans le lien amoureux. Pour leur étude, les chercheurs ont ainsi reçu 17 couples hétérosexuels très amoureux. Ils ont demandé à l’un des deux partenaires de rentrer dans un IRM. Par exemple, lorsque c’était l’homme qui était dans l’IRM, on lui montrait une série de photos de femmes inconnues, et de temps en temps, il y avait une photo de sa bien-aimée. Durant toute l’expérience, les réactions cérébrales étaient observées. Les chercheurs ont observé qu’à la vue de celle qu’il aime, l’insula et les noyaux gris centraux, notamment le striatum, se sont allumés !

Les noyaux gris centraux, aussi appelés ganglions de la base, sont un ensemble de structures situées en dessous du cortex, en profondeur des deux hémisphères cérébraux. Ils sont composés de plusieurs structures dont le striatum et la substance noire, particulièrement actifs ici. Ces structures sont entre autres, connues pour leur rôle dans les comportements automatiques, impulsifs, avec une forte présence de dopamine molécule du plaisir et de la motivation !

Quant à l’insula, son rôle n’est pas tout à fait défini clairement. Cette structure est située entre les lobes temporal et frontal, au sein du cortex limbique. L’insula serait entre autres grandement impliquée dans les désirs conscients, comme la recherche active de nourriture ou de drogue. Encore un parallèle avec l’addiction ! Ce qu’il y a de commun dans ces états que je viens de citer, c’est qu’ils affectent le corps entier en profondeur. L’insula aurait donc aussi un rôle dans l’aspect corporel de l’expérience émotionnelle. Serait-ce de là que partent les papillons dans le ventre ou le cœur qui bat à la chamade ?



Donc pour résumer, l’amour est un cocktail chimique composé notamment de vasopressine et d’ocytocine permettant la création du lien amoureux monogame. Nous remarquons aussi une forte activation du circuit de la récompense et des structures les plus archaïques de l’être humain situées au cœur du cerveau et responsables de comportements automatiques, impulsifs dont la motivation est de nous combler de plaisir.

Un élément dont je ne vous ai pas parlé dans la partie précédente est que dans cette étude d’Andreas Bartels et Semir Zeki, ils n’ont pas seulement montré des photos d’inconnus aux couples participants, mais aussi des photos de certains de leurs amis. Et ils ont pu observer qu’il y avait une réelle différence cérébrale entre un amour amoureux et un amour pour un ami.

Pourquoi une personne en particulier vient réveiller ce circuit de l’amour romantique ? Pourquoi tombe-t-on amoureux d'une personne plutôt que d’une autre ? Personnellement, malgré mon côté très cartésien et scientifique, comme l’en atteste ce podcast, j’aime à penser que l’amour n’est pas que chimique. Qu’il existerait une âme sœur pour tous sur terre. Mais bon, je vous partage quand même les dernières avancées à ce sujet, je suis sympa. En effet, beaucoup de chercheurs s'affairent pour répondre à la question “Pourquoi tombe-t-on amoureux d’une personne plutôt que d’une autre ?” En vérité, il semblerait y avoir beaucoup de raisons pour lesquelles on tombe amoureux de quelqu'un plutôt que de quelqu'un d'autre. D’un côté, nous avons certains psychologues qui pensent que nous avons tendance à tomber amoureux de quelqu'un qui est du même milieu socio-économique, qui a le même niveau d'intelligence, qui est à peu près aussi séduisant et qui a les mêmes valeurs religieuses. Votre enfance semble jouer un rôle, mais nul ne sait encore comment.

D’un autre côté, nous avons les neuroscientifiques et biologiques qui ajoutent leur touche personnelle à cette histoire. Par exemple, Serge Stoléru dans son essai Un cerveau nommé désir, évoque la toute première étape de la rencontre amoureuse. Elle passe majoritairement par la perception visuelle. C'est l'activité du cortex visuel qui sera déterminante concernant la naissance d'une émotion (ou pas) dans un cerveau. Il y aura potentialité d’amour si de visue, la personne déclenche une sensation agréable, des émotions positives, quelque chose de plaisant. Et là je vous renvoie à l’épisode sur la beauté : on a tendance à trouver beau ce que notre cerveau a l’habitude de voir. Ensuite, nous avons Helen Fisher dont j’ai parlé un peu plus haut dans cet épisode. Selon elle, peut-être que notre biologie nous pousserait vers certaines personnes plutôt que d'autres. Par conséquent, elle a créé un site de rencontre Chemistry.com basé sur sa théorie. Chaque nouvel entrant doit répondre à un questionnaire pour voir dans quelle mesure il présente de la dopamine, de la sérotonine, des œstrogènes et de la testostérone. Pourquoi ? Car pour Helen Fisher, nous avons évolué en 4 grands types de personnalité associés à des taux de ces 4 substances chimiques dans le cerveau. Les personnes se connectent, font des rencontres, tombent amoureux ou non et tout cela est suivi de près par Helen Fisher. Une fois les couples formés sur son site de rencontre, Fisher regarde qui est tombé amoureux de qui et compare leur taux de substances chimiques. Elle a pu remarquer par exemple que les personnes guidées par la dopamine étaient attirées par des personnes similaires, tandis que les personnes guidées par l’oestrogène seraient plus attirées par les personnes guidées par de la testostérone.

Bien sûr, tout ceci est à prendre avec des pincettes. L’étude de Fisher porte sur des dizaines de milliers de personnes mais elle serait à valider avec d’autres études menées par d’autres chercheurs et dans d’autres contextes.

Au risque de vous décevoir donc, nous n’avons pas encore de réponse précise mais peut-être d’ici 5 ou 6 ans, je referai un podcast sur le sujet et nous aurons notre réponse exacte !


Et pour terminer cet épisode sur une note positive, j’ai l’honneur de vous communiquer l’information suivante : NON, l’amour ne dure pas que trois ans ! De nombreuses études l’ont démontré donc une étude de 2012 menée par Arthur Aron. Il a placé une dizaine de personnes mariés depuis plus de 20 ans dans un IRM en leur montrant une photo de leur bien-aimé.e. Comme lors d’un amour romantique au stade précoce, ils ont découvert qu’il existait toujours une activation du système de récompense et des ganglions de la base riches en dopamine.


Les zones du cerveau associées à l'amour romantique intense s'activent toujours, après 25 ans.


Sur cette note positive s’achève la saison 2 de Neurosapiens. Merci d’avoir réservé le même accueil à cette saison 2 qu’à la saison 1. Ce fut une saison que j’ai adoré faire. Tous les sujets m’ont passionnée donc merci pour vos propositions ! Pour la saison 3, j’ai déjà quelques thèmes en tête, mais comme toujours je vous invite à me dire quel sujet vous souhaiteriez que j’aborde en m’écrivant sur neurosapiens.podcast@gmail.com ou sur mon instagram neurosapiens.podcast.


Je vous souhaite un très très bel été, j’ai déjà hâte de vous retrouver en septembre pour la saison 3 !


A très vite !



SOURCES

  1. Bartels A, Zeki S. The neural basis of romantic love. Neuroreport. 2000 Nov 27;11(17):3829-34. doi: 10.1097/00001756-200011270-00046. PMID: 11117499.

  2. Acevedo BP, Aron A, Fisher HE, Brown LL. Neural correlates of long-term intense romantic love. Soc Cogn Affect Neurosci. 2012 Feb;7(2):145-59. doi: 10.1093/scan/nsq092. Epub 2011 Jan 5. PMID: 21208991; PMCID: PMC3277362.

  3. Insel TR, Winslow JT, Wang Z, Young LJ. Oxytocin, vasopressin, and the neuroendocrine basis of pair bond formation. Adv Exp Med Biol. 1998;449:215-24. doi: 10.1007/978-1-4615-4871-3_28. PMID: 10026808.

  4. Cormier, Z. Gene switches make prairie voles fall in love. Nature (2013).

  5. S. Stroope et al., Marital characteristics and the sexual relationships of U.S. older adults: an analysis of national social life, health, and aging project data, in Arch. Sex. Behav., vol. 44, pp. 233-247, 2015.

  6. B. P. Acevedo et al., Neural correlates of long-term intense romantic love, in Social Cognitive and Affective Neuroscience, vol. 7, pp. 145-159, 2012.

  7. K. D. O'Leary et al., Is long-term love more than a rare phenomenon ? If so, what are its correlates ? in Social Psychology and Personality Science, vol. 3, pp. 241-249, 2012.

  8. Insel, T. R., and Hulihan, T. (1995). A gender-specific mechanism forpair bonding: Oxytocin and partner preference formation in mo-nogamous voles. Behav. Neurosci. 109, 782–789.

  9. Insel, T. R., and Shapiro, L. E. (1992). Oxytocin receptor distributionreflects social organization in monogamous and polygamousvoles. Proc. Natl. Acad. Sci. USA 89, 5981–5985

  10. Helen Fisher, Why We Love : The Nature and Chemistry of Romantic Love, Henry Holt, 2004

Helen Fisher, Why Him? Why Her? : Finding Real Love By Understanding Your Personality Type, Oneworld Publications UK-Commonwealth, 2009.

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