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  • Anaïs Roux

Episode 23 | Celui où on parlait des rêves partie 2/2



Hello les Neurosapiens ! On se retrouve cette semaine pour la partie 2 de l’épisode sur les rêves ! Vous allez voir, j’ai encore pleeeein de choses à vous partager à ce sujet !


La semaine dernière, nous avons vu que les rêves étaient présents tout au long de la nuit, mais proportionnellement parlant, beaucoup plus fréquemment durant les phases de sommeil paradoxal, qui se retrouvent surtout en fin de nuit. Pour exister, les rêves sont surtout tributaires du rythme des ondes cérébrales dans le point chaud postérieur, situé dans la moitié arrière du cerveau. Ce point chaud recoupe des aires sensorielles et est donc capable de créer tout un monde en rêve ! Les ondes cérébrales doivent atteindre un certain seuil d’intensité à cet endroit précis pour qu’un rêve puisse être créé. Ensuite, de nombreuses zones s’activent en réaction au rêve comme l’amygdale par exemple, liée aux émotions. En gros, notre cerveau s’active presque comme si nous étions éveillés sauf que… nous ne le sommes pas !


Cette semaine, nous allons voir ensemble plein de questions qu’on se pose sur les rêves. Ces questions sont très récurrentes ! Alors je vais tenter d’y répondre. Pourquoi certaines personnes se souviennent de leurs rêves et d’autres pas. Pourquoi rêvons-nous ? D’aucune utilité apparente, ils nous servent peut-être finalement à beaucoup plus qu’on se pense. Nous répondrons aussi à la question suivante : Comment passe le temps dans les rêves ? Passe-t-il en accéléré ou au ralenti ? Et pour terminer, nous parlerons des rêves lucides, vous savez ces rêves durant lequel le rêveur a conscience d'être en train de rêver ?


Mais avant de commencer, j’aimerais qu’on écoute la partie 2 du florilège des rêves les plus fous que vous m’avez envoyés !


[Témoignages]

Comme vous pouvez le constater, vous m’avez surtout envoyé des cauchemars. Et on sait tous à quel point il est affreusement désagréable de faire un cauchemar en pleine nuit. T’es obligé de te lever, regarder sous le lit, vérifier que y’a personne de caché dans les toilettes, aller choper un couteau dans la cuisine pour le mettre sous l’oreiller au cas où. Bref. c’est terrible. Tellement terrible, qu’on se demande quel est le but de tout ça. Quel est le but des cauchemars ?

Nos rêves ont-ils un but, un sens ? Si après des centaines de milliers d’années d’existence, Homo Sapiens conserve encore cette capacité, c’est que rêver doit avoir un but plus élaboré qu’entretenir la conversation à la machine à café avec les collègues le lendemain ?

A travers les années, on a tenté de donner mille buts aux rêves : messages des Dieux, présages, avertissements, visions du futur, représentations de nos vies antérieures, expression de l’inconscient de la personne, notamment de ses désirs refoulés (big up Freud !)… Bon. Je suis au regret de vous dire que le rôle des rêves est en fait, beaucoup beaucoup plus cartésien. D’ailleurs, je pose ça là, comme ça, innocemment, mais la théorie qui dit que nos rêves ont une signification universelle est rejetée par la plupart des scientifiques aujourd’hui. Et oui, le fait de rêver d’un couteau n’est pas révélateur d’une grande méfiance vis-à-vis de l’homme et de son pénis.

La position de la majorité des chercheurs est que le fonctionnement du cerveau endormi pourrait avoir été en partie sélectionné au fil de l’évolution et procurerait divers avantages.

Pour Delphine Oudiette, chargée de recherche à l’Inserm et à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière à Paris où elle étudie le rôle du sommeil et des rêves, ces derniers ont en fait une grande influence sur les fonctions cognitives.

Premièrement, les rêves permettent de mémoriser des événements de notre quotidien dont ils rejoueraient une version modifiée. Plusieurs études ont révélé de nombreuses ressemblances entre les éléments du rêve (lieu, objets, personnes) et les événements vécus pendant la journée. Il y a notamment une étude menée en 2003 par Magdalena Fosse de l’Ecole de Médecine d’Harvard où des sujets devaient noter et comparer leurs rêves et leurs activités journalières pendant deux semaines. Plus de la moitié des thèmes, des émotions et des personnages rêvés étaient en lien avec les événements vécus récemment. Bien sûr, on ne revivrait pas exactement nos journées. Ce sont plutôt des éléments de nos journées qui seraient incorporés par fragments dans nos rêves.

Le fait que ces événements vécus ne soient pas rejoués à l’identique durant les rêves mais remodelés par le cerveau viendrait accroître également la créativité. Plusieurs études dont celle dès 1993 de Jacques Montangero, reconnu pour ses recherches sur les rêves et son influence sur notre cognition, ont montré que les rêves favorisent les idées et les associations d’idées inédites. Ils permettraient aussi de trouver plus facilement la solution d’un problème.


Troisième rôle, les rêves permettraient de favoriser l’apprentissage ! Une étude menée en 2010 par Robert Stickgold, chercheur à Harvard, montre qu’un apprentissage est d’autant plus consolidé lorsque nous en rêvons par la suite. Dans cette étude, des étudiants se sont initiés à un jeu vidéo de labyrinthe, puis ont effectué une sieste de 45 minutes. Ceux qui ont déclaré avoir eu des rêves en lien avec le labyrinthe étaient trois fois plus performants que ceux n’ayant pas rêvé du labyrinthe.

Une théorie existante et qui expliquerait pourquoi les rêves persistent chez Homo Sapiens est la théorie de la simulation des menaces. Selon cette théorie, les rêves auraient pour fonction de répéter des situations menaçantes, ce qui aurait constitué un avantage évolutif pour nos ancêtres. En jouant mentalement les événements menaçants, nous apprendrions à éviter les pires comportements et à garder les meilleurs. Cette sorte de “répétition générale” nous permettrait de mieux gérer les émotions négatives. Je ne m’attarderais pas sur cette théorie car les recherches à ce sujet ne sont pas toutes très valides. Beaucoup se contredisent. Mais en tout cas, cet aspect est étudié actuellement et reste à prouver.

Les rêves semblent donc avoir été en partie sélectionnée au fil de l’évolution pour accomplir diverses fonctions comme anticiper, gérer les émotions négatives, consolider la mémoire, produire des idées nouvelles, trouver des solutions à nos problèmes et forger des mécanismes d’adaptation à l’imprévu. Mais les nombreux éléments qui s’assemblent au sein des rêves ne sont pas encore tous explicables et n’ont peut-être pas tous un rôle.


A présent j’aimerais répondre à une question qu’un auditeur m’avait posée : Pourquoi certains se souviennent des rêves et pas d’autres ?

Pour répondre à cette question, je vais reprendre l’étude menée par l’équipe de Perrine Ruby, chargée de recherche Inserm, au sein du centre de recherche en neurosciences de Lyon. Dans cette étude, Perrine Ruby a étudié l’activité cérébrale de ces deux types de rêveurs afin de comprendre ce qui les différencie.


Les résultats révèlent que les grands rêveurs présentent une activité cérébrale plus forte durant le sommeil au niveau de la jonction temporo-pariétale. Cette jonction est une zone cérébrale qui, comme son nom l’indique, se situe entre le cortex temporal et le cortex pariétal, et qui est impliquée dans l’orientation de l’attention vers les stimulations extérieures. Par conséquent, le cerveau des grands rêveurs est plus réactif aux stimuli de l’environnement et donc plus facilement “réveillable” si je puis dire. Perrine Ruby a en effet pu évaluer que les “grands rêveurs” comptabilisent 2 fois plus de phases de réveil pendant le sommeil que les “petits rêveurs”.

Par conséquent, pour se souvenir d’un rêve, il faut se réveiller pendant la nuit, et donc avoir un certain degré de conscience du rêve pour pouvoir le mémoriser. Mes excuses pour tous ceux qui ont un sommeil de plomb et que même une tornade ne réveillerait pas. Vous devez très sûrement faire partie de ceux qui ne se souviennent jamais de leurs rêves…

Attention, ces recherches ne signifient pas que les grands rêveurs font en effet PLUS de rêves que les petits rêveurs. Les petits rêveurs apparaissent comme “petits” car ils ne s’en souviennent juste pas.

[JINGLE]

Passons à une autre question qu’on retrouve souvent sur les rêves. Comment perçoit-on le temps quand on rêve ? Est-ce que 1H en rêve correspond en réalité à 5 minutes dans la vie réelle ? Cette question, on se la pose depuis déjà plus de 60 ans. Et de nombreuses études ont montré que dans le rêve, le temps s’y écoule – presque – j’insiste sur le presque, comme celui de l’éveil.

En 1958, le neuroscientifique Américain William Dement, a réalisé une étude en utilisant ce qu’on appelle des jalons sensoriels : il a exposé des dormeurs à des sons (comme des sonneries de porte) et des lumières (comme des flashs de lampe), puis les a réveillés 10 minutes après. Un quart des rêves recueillis avaient incorporé le son ou la lumière dans leur scénario. Par exemple, les dormeurs justifiaient la sonnerie de la porte comme “ des amis ont sonné à la porte”. Le chercheur demandait ensuite aux dormeurs de raconter leur rêve entre le stimuli sensoriel et le réveil. Ici le dormeur dont les amis avaient sonné à la porte avait répondu “Je leur ai préparé du thé. Nous discutions tranquillement en le buvant quand vous m’avez réveillé.e.” La longueur du scénario de leur rêve correspondait à la durée réellement écoulée dans la réalité : soit 10 minutes environ.

Depuis, les chercheurs ont trouvé d’autres techniques d’étudier le temps afin d’être plus précis. La question de savoir si les actions dans les rêves prennent le même temps qu'à l'état de veille est notamment testée aujourd’hui en utilisant des rêves lucides. Durant les rêves lucides, la personne est consciente qu’elle rêve et peut effectuer des actions délibérées sur le rêve. Elle est aussi capable de marquer des intervalles de temps, bien pratique donc pour répondre à notre question !

En 2014, Daniel Erlacher, de l’université de Bern, en Suisse, a travaillé avec ces rêveurs lucides. Il les a fait compter jusqu’à 10, 20 et 30 pendant l’éveil, puis en rêve. Il leur a aussi demandé de marcher 10, 20 et 30 pas pendant l’éveil puis en veille. Durant son sommeil, le rêveur lucide signalait le début et la fin de chaque action par des signaux oculaires, ce qui permettait au chercheur de calculer combien de temps durait la tâche.

Daniel Erlacher a ainsi démontré que les tâches en rêve étaient un peu plus longue qu’en réalité. La différence était encore plus significative lorsque la tâche portait sur des actions physiques comme la marche.

En effet, compter jusqu’à 20 prenait en moyenne 17 secondes en éveil et 22,4 secondes en rêve lucide. Mais marcher 30 pas prenait 18,5 secondes en éveil et 28,6 secondes en rêve lucide.

Donc, globalement, dès que le rêve ne porte pas principalement sur des actions physiques, le temps du rêve n’est pas significativement différent de celui de l’éveil. Le temps passe un peu plus lentement lorsqu’une action physique est intégrée mais cette différence n’est pas non plus énorme par rapport à ce qu’on peut lire ou voir dans certains films comme Inception.


En parlant de rêves lucides : et si on faisait un petit topo sur ce phénomène ? Je ne vais pas aborder toutes les informations que nous possédons sur ce phénomène car cela nécessiterait un épisode entier. Cependant, je trouve ça intéressant d’aborder un tout petit peu ce phénomène, plus courant qu’on ne le pense. En effet, environ la moitié d’entre nous expérimenterait au moins une fois dans sa vie un rêve lucide. Comme ça peut faire flipper si vous le vivez un jour, autant en savoir un peu sur le phénomène.

Les rêveurs lucides ont une sorte de conscience pendant leur rêve et peuvent consciemment influencer et contrôler leurs rêves. Les rêveurs lucides seraient dans un état de conscience hybride, entre le sommeil et l’éveil.

On écoute à ce sujet le témoignage de Mauricio, un auditeur de Neurosapiens qui a eu la gentillesse de bien vouloir nous parler de son expérience de rêveur lucide. [Témoignage]

Comme le souligne Mauricio, il est possible pour ces rêveurs de savoir s’ils sont dans un rêve lucide ou non. Les rêves lucides et non lucides sont ressentis différemment et cela suggérerait qu’ils sont associés à une différence d’activité cérébrale.

Vous vous souvenez dans la partie 1 de cet épisode sur les rêves, je vous disais que le lobe frontal était complètement endormi lors du sommeil et des rêves standards. Et bien, lors d’un rêve lucide, cette partie préfrontale est réveillée. Cette zone est spécialisée dans les fonctions cognitives « supérieures » comme le raisonnement logique et le comportement volontaire.

De nombreuses études doivent encore être faites sur les rêves lucides pour mieux comprendre leurs tenants et aboutissants, mais pour le moment, ce sujet promet de belles découvertes sur le fonctionnement des rêves.


J’espère que ces deux épisodes spéciaux sur les rêves vous ont plu ! Si c’est le cas, je vous invite à me soutenir en laissant 5 étoiles et un ch’tit commentaire sur Apple Podcast. Je vous souhaite une bonne journée ou une bonne soirée selon l’heure à laquelle vous m’écoutez, et vous dis à la semaine prochaine !



SOURCES

  1. La banque de données des rêves : www.dreambank.net

  2. Dossier de l’INSERM sur le sommeil : https://www.inserm.fr/dossier/sommeil/

  3. Jean-Baptiste Eichenlaub, Olivier Bertrand, Dominique Morlet, Perrine Ruby, Brain Reactivity Differentiates Subjects with High and Low Dream Recall Frequencies during Both Sleep and Wakefulness, Cerebral Cortex, Volume 24, Issue 5, May 2014, Pages 1206–1215,

  4. F. Siclari et al., The neural correlates of dreaming, Nature Neuroscience, 10 avril 2017.

  5. I. Arnulf et al., Will students pass a competitive exam that they failed in their dreams?, Consciousness and Cognition, vol. 29, pp. 36-47, 2014.

  6. T. Andrillon et al., Single-neuron activity and eye movement during human REM sleep and awake vision, Nature Communications, vol. 6, pp. 1-10, 2015.

  7. I. Arnulf, Une fenêtre sur les rêves, Odile Jacob, 2014.

  8. J. ANTROBUS, Dreaming : Cognitive processes during cortical activation and high afferent thresholds, in Psychological Review, vol. 98, pp. 96-121, 1991.

  9. Valdas Noreika et al., Modulating dream experience : Noninvasive brain stimulation over the sensorimotor cortex reduces dream movement, Scientific Reports, 21 avril 2020.

  10. S. Valencia-Garcia et al., Genetic inactivation of glutamate neurons, Brain, 21 décembre 2016.

  11. Cartwright R, Luten A, Young M, Mercer P, Bears M. Role of REM sleep and dream affect in overnight mood regulation: a study of normal volunteers. Psychiatry Res. 1998 Oct

  12. Dement, W., & Wolpert, E. A. (1958). The relation of eye movements, body motility, and external stimuli to dream content. Journal of Experimental Psychology, 55(6), 543–553.

  13. Montangero, J. (1993). Dream, problem-solving, and creativity. In C. Cavallero & D. Foulkes (Eds.), Dreaming as cognition (pp. 93–113). Harvester Wheatsheaf.

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  15. Schredl M, Erlacher D. Frequency of lucid dreaming in a representative German sample. Percept Mot Skills. 2011

  16. Tadas Stumbrys, Daniel Erlacher, Melanie Schädlich, Michael Schredl. Induction of lucid dreams: A systematic review of evidence, Consciousness and Cognition,Volume 21, Issue 3, 2012.

  17. Voss U, Holzmann R, Tuin I, Hobson JA. Lucid dreaming: a state of consciousness with features of both waking and non-lucid dreaming. Sleep. 2009.


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