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  • Anaïs Roux

Episode 24 | Celui où on parlait de la plasticité cérébrale

Dernière mise à jour : nov. 4



Bonjour à tous ! J’espère que vous allez bien. Perso de mon côté je suis super excitée de réaliser cet épisode pour deux raisons. Déjà, parce qu’on va traiter d’un sujet qui a été laaaargement plébiscité lorsque j’ai proposé un vote sur Instagram. Je parle bien sûr de la plasticité cérébrale. Thème que j’adore. Et deuxième raison de mon engouement, c’est que pour cet épisode, nous avons une invitée, et pas n’importe laquelle. Pour cet épisode nous discuterons en deuxième partie avec Catherine, psychologue et psychothérapeute qui anime avec son conjoint l’Instagram, la chaîne youtube et le podcast, Catherine_la_psy !


En effet, cet épisode sera constitué de deux parties. Une première partie où je vais vous expliquer ce qu’est la plasticité cérébrale et ce que la science à découvert à son sujet.

La deuxième partie se fera en compagnie de Catherine que je questionnerai sur la place de la plasticité cérébrale dans un contexte particulier : celui de la psychothérapie. Comme certains d’entre vous le savent, je suis psychologue de formation et les croisements entre neuro et psycho me fascinent. Tout comme ils fascinent Catherine.


Allez c’est parti pour un petit topo sur la plasticité cérébrale.




Le cerveau contient entre 86 et 100 milliards de neurones qui communiquent entre eux grâce à des centaines de milliards de connexions dites synaptiques. Ces milliards de liens entre les neurones s'appellent dans le jargon “le connectome”. Pour voir à quoi ressemble le connectome et visualiser les grandes connexions de notre cerveau, rendez-vous dans la description de l’épisode où je vous ai mis des liens pour visualiser. Et vraiment, regardez parce que c’est absolument superbe. J’en reste vraiment bouche bée à chaque fois que j’en vois un tellement c’est superbe.

La formation des neurones et de ses connexions connaît un essor incroyable lors de notre enfance et commence même in utero. Dans le ventre de la mère, la plupart de nos milliards de neurones vont trouver leur place dans le cerveau, guidés par la génétique. Enfant, les expériences vécues au contact de notre environnement social, culturel etc. vont définir le plan de base des neurones. Ce plan de base sera modifié et ajusté en fonction des apprentissages cruciaux comme la marche ou l’écriture. Ce remodelage lors de la croissance se nomme la neuroplasticité développementale.

Pendant longtemps, les scientifiques ont cru que passé 25 ans, le cerveau était mature et les connexions synaptiques et le nombre de neurones étaient immuables, stables jusqu’à la fin de nos jours. Depuis une trentaine d'années, cette vision a volé en éclats. Il y a une trentaine d'années, les neuroscientifiques ont découvert que la plasticité cérébrale avant attribuée qu’au début de la vie, était en fait présente et très active jusqu’à la fin de la vie. Cette découverte a été fondamentale en neurosciences et elle est finalement assez récente.

Comment définir la plasticité cérébrale ? Et bien c’est la capacité des neurones à se modifier et se remodeler tout au long de la vie. C’est parce que la structure cérébrale est plastique, que le cerveau peut apprendre, acquérir des savoirs, développer des compétences, et améliorer ses fonctions exécutives qui permettent à l’individu de penser et agir. Grâce à la plasticité cérébrale, nous pouvons apprendre à faire du vélo, à jouer du piano, à déconstruire durablement un stéréotype, à apprendre une nouvelle langue.

Deux éléments nous permettent de montrer que le cerveau possède une certaine plasticité.

Le premier constat concerne le nombre de neurones. Les chercheurs ont remarqué que, chez des adultes de tous âges, le cerveau était capable de créer de nouvelles cellules nerveuses tout au long de sa vie, et non seulement lorsque nous sommes bébés. Deux zones sont principalement concernées. Premièrement l’hippocampe, une zone impliquée dans la mémoire et les processus d’apprentissage. L’hippocampe produit environ 700 neurones par jour ! La deuxième zone concernée est la zone sous-ventriculaire. Les neurones produits dans cette zone sous-ventriculaire sont dirigés vers le bulbe olfactif, ce qui nous permet d’apprendre de nouvelles odeurs, de mémoriser de nouvelles odeurs et d’affiner la discrimination entre deux ou plusieurs odeurs.

Le second constat de plasticité concerne les connexions entre les neurones. Le connectome dont on parlait au début est dynamique, et subit un recâblage constant, notamment lorsque nous développons de nouvelles compétences et créons de nouveaux souvenirs. Par exemple, lorsqu’on apprend une nouvelle langue comme l’allemand, certains neurones initialement non reliés, vont envoyer des impulsions électriques au même moment lors de l’apprentissage d’un mot. Une connexion entre ces neurones va se créer. Cependant, au début, elle est toute fine cette connexion, et donc facilement cassable et oubliable. C’est pour ça que généralement, lorsque vous entendez la traduction une fois d’un mot, vous l’oubliez au bout d’1H. L’enjeu est alors de renforcer cette connexion pour qu’elle devienne automatique, et que si je vous demande de me traduire “Limitation de vitesse” en allemand, en même pas 1 seconde vous me répondez “Geschwindigkeitsbegrenzung”. Tout simplement.

Donc pour améliorer une connexion entre plusieurs neurones, y’a pas de secret : c’est la répétition. Notre connectome, c’est un peu comme un terrain enneigé. A force de prendre le même chemin, la neige se creuse et ça devient de plus en plus automatique de prendre ce chemin parce que c’est de plus en plus facile de marcher vite dessus.


J’aimerais à présent faire un rapide topos sur les limites de la plasticité cérébrale ! Car je trouve qu’on véhicule souvent une fausse image d’elle dans les livres grand public. On la voit comme quelque chose de seulement positif et comme quelque chose d’infini. Cependant, il y a trois choses à garder en tête :

Premièrement, vous pensez bien que si les connexions entre neurones sont malléables au point qu’on puisse en créer de nouvelles et en renforcer, cela signifie aussi qu’on peut en perdre… La plasticité cérébrale implique donc aussi la disparition de connexions inutilisées, ainsi que la mort de certains neurones.

Deuxièmement, la plasticité cérébrale ne se fait pas à foison ! Elle implique au contraire une balance entre stabilité et remodelage. Si la plasticité cérébrale dominait dans le cerveau, il serait sans cesse déstructuré et par exemple, vous ne pourriez garder aucun souvenir. La mémoire serait hyper labile. On serait tous des petits poissons rouges. On serait hyper mimi certes mais c’est pas très pratique. Le cerveau se modifie donc tout le long de la vie, tout en restant à peu près le même.

Et troisièmement, la plasticité cérébrale est affectée par le vieillissement. À mesure qu’on vieillit, nous sommes de moins capables d’apprendre de nouvelles compétences, et nos souvenirs s’effacent plus rapidement. Cependant, ne partons pas perdant ! Quelques astuces permetteraient au cerveau de vieillir en bonne santé comme le fait de bien manger, de se stimuler cognitivement, de faire du sport etc.

Avant de passer à la partie interview, j’aimerais vous partager des cas cliniques témoignant de la puissance assez dingue dont peut faire preuve parfois la plasticité cérébrale.

Vous savez les personnes qui perdent une fonction sensorielle comme la vue par exemple, vont développer leurs autres fonctions sensorielles et vont avoir des capacités auditives extraordinaires par exemple. Ils vont être capables de s'aider des bruits de leur environnement pour s'orienter. Et bien pour que cela soit possible, il semblerait que grâce à la plasticité cérébrale, il y ait un énorme recâblage du cerveau et toutes les zones précédemment allouées à la vision, sont désormais utilisées pour l’audition.

Autre exemple : lorsqu’une personne perd un membre de son corps comme sa main droite. Normalement, les sensations de la main gauche sont traitées par une zone de l’hémisphère droit, et les sensations de la main droite sont traitées par une zone de l'hémisphère gauche. Je parle de ce fonctionnement en miroir dans l’épisode d’introduction pour ceux qui ne l’ont pas écouté. Et bien, quand quelqu’un perd sa main droite, on observe que sa zone cérébrale correspondante dans l’hémisphère gauche est affectée à la main gauche. Les zones du cerveau liées aux mains se consacrent entièrement à la main restante.

Il existe plein de cas comme ces deux-là témoignant du pouvoir incroyable de la plasticité cérébrale et on pourrait en discuter pendant des heures. Mais là, j’ai beaucoup trop hâte de passer à la partie 2 en compagnie de Catherine que je vais m’arrêter ici. Vous connaissez à présent l’essentiel de ce qu’il y a à savoir sur la plasticité cérébrale !


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