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  • Anaïs Roux

Episode 4 | Celui qui croyait en Dieu

Dernière mise à jour : août 19





Bonjour !


Je suis ravie de vous retrouver cette semaine. Vous êtes de plus en plus nombreux à suivre ce podcast et ça me rend très heureuse ! N’hésitez pas à m’écrire sur l’adresse email en description de ce podcast s’il y a un sujet que vous mourrez d’envie que j’aborde.


On se retrouve cette semaine pour un podcast qui ne va pas faire l’unanimité je le sais, mais je prends le risque car c’est un sujet qui réveille des choses chez les gens, ce qui est toujours très intéressant. Nous allons parler de la croyance en Dieu : Dieu existe t’il ou est-il une invention du cerveau ?


Dans le monde, 90% des êtres humains croient en un Dieu ou en une entité supérieure qui nous dirige, nous a créé ou nous guide. Le débat sur la réalité ou non d’un Dieu existe depuis tout temps. La croyance religieuse est étudiée sous tous les prismes : psychologique, sociologique, culturel, économique.. mais aussi neurologique ! Chez les neuroscientifiques, deux camps s’affrontent : d’un côté il y a ceux qui pensent que la croyance religieuse vient du cerveau et de l’autre, ceux qui pensent qu’il existe réellement un Dieu mais que la croyance modifie quand même profondément la façon dont fonctionne le cerveau. Pour Andrew Newberg, neuroscientifique spécialisé dans les neurosciences de la religion, si Dieu est présent depuis des millénaires malgré les évolutions des sociétés, si encore aujourd’hui plus de 70% des américains croient en Dieu malgré une technologie avancée, c’est parce que l’impulsion religieuse prendrait racine dans notre cerveau. Alors, pourquoi Newberg et d’autres chercheurs, pensent que la religion est une fabrication cérébrale de l’être humain ? Sur quelles expériences se basent-ils ?


Avant de commencer, j’aimerais dire que ce podcast n’a pas pour objectif de prendre position sur le sujet de la croyance mais seulement de vous parler de ces recherches à la fois timides et bruyantes. Ces recherches portent essentiellement sur la religion chrétienne avec Dieu et le bouddhisme avec Bouddha.


Commençons par quelques expériences questionnant les différences qui existent entre le cerveau des croyants et celui des athées.


Récemment, il a été montré que la croyance religieuse serait associée à un fonctionnement plus important chez les croyants des zones du cerveau servant à détecter les intentions. Qu’est-ce qu’on entend par intentions ? Et bien, par exemple au quotidien nous avons tous la capacité d’interpréter les évènements que nous vivons comme les conséquences d’actions réalisées par des êtres humains. Par exemple, si votre chaise de bureau n’est plus là lorsque vous arrivez au travail, c’est que l’un de vos collègues vous l’a empruntée ou l’a déplacée. S’il ne reste plus de pain au chocolat lorsque vous allez chez le boulanger à 10H, c’est parce que plein d’autres personnes en ont achetés avant vous. Vous faites ici ce qu’on appelle de la détection d’agents. Vous détectez - ou faites l’hypothèse - que des agents, des personnes par exemple, sont responsables de l’évènement.

Mais qu’en est-il des guérisons soudaines ? Des forêts, des étoiles dans le ciel ? Du monde ? Une personne non croyante pense qu’il n’y a pas de responsables particuliers derrière. C’est juste de la science. Un croyant va lui voir son système de détection d’agent en surchauffe pour trouver un agent responsable : Dieu.


Cette capacité de détection d'agents se trouve dans le cortex frontal, qui se trouve juste derrière votre front. Des neuroscientifiques de l’Université du Maryland ont réalisé une expérience montrant que le zone du cortex frontal associée à la détection d’agent fonctionne beaucoup plus intensément chez les personnes croyantes que chez les non-croyantes. Ce qui signifie que les personnes croyantes arrivent à trouver une explication et une raison aux choses beaucoup plus rapidement et systématiquement que les non-croyants. Le responsable étant le ou les Dieux auxquels elles croient.


Pour rester dans ce registre d’intention que donnent les croyants aux évènements, voici une autre étude. En 2010, le psychologue Peter Krummenacher de l’Université de Zurich, a mis en avant le fait que le cerveau des croyants sécrète de plus fort taux de dopamine que celui d’individus athées. La dopamine est un neurotransmetteur c’est-à-dire que c’est une molécule qui envoie un message d’un neurone à un autre. Son niveau de concentration dans le cerveau influence la façon dont nous voyons le monde.

Dans l’étude de Krummenacher, face à une écran d’ordinateur où n’apparaissent que des motifs ou alignements de lettres aléatoires et un peu flous, les personnes religieuses ont davantage tendance que les autres à y percevoir des formes, des visages ou des mots. Ce qui suggère que les personnes croyantes tendent à donner et identifier plus de sens et d’intention à leur environnement. Les personnes non croyantes elles, peine à percevoir des mots, visages ou formes. Elles arrivent donc moins à donner de sens ou d’intention aux choses. Ce qui concorde avec ce que vous dit depuis tout à l’heure.


SAUF que, si on augmente le taux dopamine des cerveaux des athées pour qu’il atteigne celui des croyants, les athées se mettent à identifier sur l’écran des visages et des mots de la même manière que les personnes croyantes.

La croyance en Dieu viendrait-elle d’un surplus de Dopamine ? On ne peut pas encore affirmer cela, ce serait faux. Mais c’est une des pistes que poursuivent les neuroscientifiques actuellement.


Je vais à présent vous parler des expériences menées par Andrew Newberg sur la pratique de la prière.

Andrew Newberg, radiologue et neuroscientifique, est bien connu dans le milieu puisqu’il est pionnier dans la recherche scientifique sur le divin. Il s’est notamment intéressé à une expérience vécue lors des moments de prières et de méditation. Lorsqu'ils sont en pleine prière, les croyants ressentent une impression de communion avec l'Univers. Michel Baime, adepte des méditations bouddhiques a décrit son expérience comme tel : « Les frontières de mon corps se dissolvent, je me fonds dans mon environnement. Je ressens un état de clarté, de transparence et de joie. » Newberg a alors observé son activité cérébrale en pleine méditation.

Les chercheurs pensaient observer une forte activité du cerveau dans le cortex préfrontal, responsable en partie de l'attention, car la méditation et la prière mobilisent une concentration intense. Ce fût le cas mais pas autant qu’ils s’y attendaient. Et surtout, ils ont observé que l'aire dite d'orientation et d'association, celle qui nous informe en permanence sur la limite entre notre corps et le monde extérieur, est quasi inactive lorsque le sujet médite. La sensation de communiquer avec une entité supérieure serait expliqué par le fait que les aires cérébrales qui assurent la limite entre soi et l’extérieur sont éteintes !


Cette aire d’orientation et d’association qui s’éteint pendant la méditation et les prières intenses, est située dans l’hémisphère gauche de votre cortex. Elle est responsable comme je vous le disais de la perception des limites physiques du corps. L’aire parallèle dans l’hémisphère droit traite les informations sur le temps et l’espace. Il faut savoir que notre cerveau fonctionne beaucoup en miroir et lorsqu'une aire d’un hémisphère s’éteint, celle qui est parallèle dans l’autre hémisphère s’amenuise aussi. Par conséquent, parce que l’air d’orientation et d’association à gauche n’est plus stimulée, l’air du temps et de l’espace s’éteint aussi, d’où l’impression d’éternité et d’infini ressentie par certains croyants vis à vis de Dieu.

La même étude a été effectuée sur des soeurs franciscaines, histoire de voir si ce phénomène était transcendant à plusieurs religions et plusieurs modes de prières. Au plus fort d’une prière de 45 minutes, soeur Céleste dit se sentir envahie par la présence de Dieu. Chez cette soeur et les autres, les images obtenues de leurs cerveaux montrent que lors de la communion avec Dieu, l’aire d’orientation et d’association est tout aussi inactive que chez les Bouddhistes.

La pratique intense de rituels religieux modifie donc bien la façon dont fonctionne le cerveau.


En plus, les personnes pratiquant des prières de façon régulière et durant un grand laps de temps voient leur état de bien-être amélioré. Les prières et pratiques spirituelles ont prouvé leur efficacité pour réduire le stress et les sentiments dépressifs. La méditation bouddhiste quant à elle, diminue le processus de vieillissement du cerveau avec seulement 20 minutes de pratique régulière par jour. Les études d’Andrew Newberg pour le Penn’s Center for Spirituality and Mind ont aussi révélé une amélioration significative de la mémoire, de l’attention, de la concentration et de la compassion ainsi qu’une baisse de l’anxiété et de l’irritabilité chez les personnes pratiquant régulièrement, j’insiste sur régulièrement, des prières ou de la méditation bouddhiste.


MAIS, parce qu’il y a toujours un MAIS.


Ce côté dé-stressant et apaisant de la prière dépend de la façon dont les croyants perçoivent leur Dieu. Plus les personnes voient Dieu comme aimant, soutenant, pardonnant, compatissant, plus les personnes seront apaisées, auront une meilleure vision d’elles-mêmes et du monde qui les entoure. Par contre, lorsqu'elles voient Dieu comme impartial, vengeur, impitoyable, l’effet inverse se produit et impacte négativement la santé mentale et physique du croyant. Les personnes ont alors tendance à ruminer les émotions négatives, ce qui active les zones de leur cerveau impliquées dans la colère, la peur et le stress. Ce qui, à la fin, endommage de façon importante certaines parties du cerveau mais aussi du corps.


La croyance en Dieu modifierait donc profondément notre cerveau. Elle permettrait le développement de certaines aires cérébrales impliquées dans la cognition et réduirait le stress. Mais seulement si le croyant a une belle image de Dieu !


Pour terminer, j’aimerais parler d’une expérience extrêmement controversée qui a fait couler beaucoup d’encre. C’est une expérience de Michael Persinger, chercheur en neurosciences cognitives, et qui s’est demandé un jour s’il était possible de créer la foi chez l’être humain. Pour cela, il s’est muni du casque de Koren, du nom de son inventeur Stanley Koren. C’est un casque muni d’électrodes qui, placé sur la tête d’un sujet, génère de très faibles champs magnétiques. Ces champs magnétiques restent faibles et sont équivalents à ceux créés par la ligne fixe d’un téléphone ou un sèche-cheveux. Michael Persinger fait l’hypothèse que sous ce casque, qu’il renomme “Le casque de Dieu”, les stimulations électriques envoyées aux lobes temporaux, ceux qui sont derrière vos oreilles, font vivre à un individu une expérience mystique. De prime abord, ses résultats semblent assez concluants : en moyenne quatre participants sur cinq déclarent avoir vécu une expérience spirituelle. Ces personnes déclarent avoir ressenti la présence d'un être supérieur, et l'impression de quitter leur corps. Michael Persinger affirme alors que la religion naît dans le cerveau. Cette thèse provocatrice lui a valu beaucoup de menaces de mort.


Si vous entendez parler un jour de cette expérience dans votre entourage, par exemple lors d’un repas de noël en famille - on aime généralement y aborder les sujets un peu touchy - sachez que la validité scientifique de cette expérience est remise en cause. Il se trouve que de nombreux groupes de chercheurs ont tenté de reproduire ses résultats depuis leur parution, mais sans succès. Les critiques se concentrent surtout sur la méthodologie utilisée par Persinger et notamment sur le fait qu’il n’a pas utilisé la méthode dite “en double aveugle”. C’est une méthode où ni le participant, ni celui qui guide l’expérience, ne sait à quels résultats on aimerait s’attendre et pourquoi cette expérience est menée. L’objectif de cette méthode est de supprimer tout influence ou suggestion. Un groupe de scientifiques suédois a réalisé cette expérience en double aveugle et n’a jamais réussi à reproduire les résultats de Michael Persinger.


Nous arrivons à la fin de ce podcast. Comme vous avez pu l’entendre, les neuroscientifiques sont encore loin de prouver que la religion est une création du cerveau humain. Par contre, il a de nombreuses fois été prouvé que la croyance en un Dieu et la pratique de prières influencent et viennent modifier profondément le fonctionnement du cerveau. Le cerveau d’un croyant n’est donc pas le même que le cerveau d’un athée.


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