Rechercher
  • Anaïs Roux

Episode 6 | Celui qui voyageait aux origines du cerveau

Dernière mise à jour : août 19





Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire. Je vais vous raconter l’épopée de notre cerveau à travers des millions d’années.


Tout commença il y a 500 millions d’années. C’était l’époque du Paléozoïque. Les continents ne formaient alors qu’un. Les premières formes de vie animale sur Terre commençaient à naître. Parmi elles, se trouvait un petit ver. Son cerveau n’était guère plus que des amas de cellules, mais il lui donnait vie. Grâce à lui, ce petit ver pouvait respirer, réguler son rythme cardiaque, bouger son petit corps de ver sur le sol, rechercher de la nourriture et digérer. Ce cerveau que nous appellerons plus tard le cerveau reptilien venait de naître. Ce cerveau reptilien a grandi, évolué et perduré à travers des millions d’années jusqu’à aujourd’hui. Nous l’avons toujours en nous mais il ne représente qu’une petite part actuelle de notre cerveau. Grâce à lui, nos comportements de base pour survivre ont été et sont toujours assurés à travers les millénaires. Nous pouvons lui faire confiance, il est très fiable, mais aussi rigide et un peu compulsif. S’il a une chose en tête, impossible de l’en distraire. Il ne se remet jamais en question. Ses fonctions sont d’ailleurs pour la plupart automatiques, et aujourd’hui encore, vous respirez sans y réfléchir, vous digérez sans vous en rendre compte, vous commencez à avoir faim alors que vous n’avez rien demandé.


Après la naissance de ce petit ver, la vie explosa sur Terre. Une grande biodiversité marine et terrestre la colonisa. Des lézards géants avec une énorme collerette sur le dos, des crocodiles deux fois plus grands que les nôtres, des poissons plats à pattes. Ce petit ver et les formes animales qui suivirent, modifièrent, sans le vouloir, leur environnement au point de conduire à un réchauffement climatique 300 millions d’années plus tard. C’était il y a 200 millions d’années, et ce réchauffement climatique entraîna la pire extinction de masse documentée de l'histoire de notre planète.

95 % des espèces marines et 70 % des espèces terrestres disparurent. Nous ne le savions pas encore, mais les espèces ayant survécu portaient en elles les prémisses de notre cerveau humain.


Qui sont ces survivants ?


Ce sont les premiers mammifères. Leur expansion commença il y a 200 millions d’années, juste après ce réchauffement climatique majeur. Durant leur expansion, leur cerveau commença à se modifier. En plus des fonctions de base, des structures cérébrales déjà présentes vinrent bouger, grandir, se spécialiser, se sophistiquer. Le néocortex venait de naître.

Ce néocortex, c’est la couche supérieure de votre cerveau aujourd’hui. Il regroupe la majorité de vos neurones. Il y a 200 millions d’années, ce néocortex n’en était alors qu’à ses prémisses et il faudra attendre encore des centaines de millions d’années avant qu’il n’exploite son potentiel et donne lieu à nos fonctions cognitives les plus élaborées.

Néanmoins, ce néocortex, bien qu’encore petit, vînt faire la différence entre les mammifères prédateurs et les herbivores. Le néocortex des mammifères prédateurs étaient plus important et ainsi, possédaient-ils des sens plus développés ainsi qu’un contrôle de leurs mouvements plus précis. Les mammifères prédateurs repéraient leur proie à des kilomètres à la ronde grâce à leur ouïe et à leur odorat développé. La proie en ligne de mire, ils se mouvaient avec agilité dans les hautes herbes, et alors qu’ils bondissaient, leurs pattes ainsi que leur gueule se coordonnaient pour ne lui laisser aucune chance de s’enfuir. Leur proie attrapée, leur repas était alors d’une plus grande valeur nutritive que la végétation, leur donnant plus d’énergie et de force pour survivre.


Avançons dans le temps si vous le voulez bien, pour atterrir il y a 65 millions d’années. A cette époque, les mammifères se firent doubler dans leur règne par un des leurs : les mammifères arboricoles, plus connus sous le nom de… primates. Ce fameux néocortex stagna chez les autres mammifères tandis qu’il grossit et grossit chez les primates, depuis les petits singes, jusqu’aux grands singes, comme les gorilles. Le règne des primates ne fût dû qu’à une chose : leurs compétences sociales. Les primates possédaient des aires cérébrales leur permettant de communiquer, d’avoir un langage à eux plus important, plus fréquent, ils acquirent la capacité de prédire le comportement des autres. Grâce à cela, les primates ont réussi à vivre et à survivre en groupe. L’adage Seuls on va plus vite mais ensemble on va plus loin semblait être leur dicton favori.


Durant les 60 millions d’années qui suivirent, les primates évoluèrent, se divisèrent en plusieurs branches dont celle des fameux australopithèques. Il y a 5 millions d’années, les primates étaient ceux possédant le cerveau le plus développé. Des zones de leur cortex se spécialisèrent et donnèrent lieu à des compétences plus complexes. Ils se mirent à posséder une mémoire plus importante et par là, la capacité à faire des apprentissages. Ils réagissent aux expériences qu’ils vivent, ils leur donnent une tonalité positive ou négative, ils élaborent de nouveaux comportements.


Mais surtout, les premiers primates se mirent debout. Il y a 5 millions d’années, certains primates, adoptèrent la bipédie. Ils se relevèrent et, bien ancrés sur leurs deux pieds, ils bénéficièrent d'une vision bien plus dégagée pour voir au loin et ainsi se prémunir d'éventuels prédateurs et repérer de la nourriture. Ces primates apparurent soudainement plus grands face à ses adversaires, et la lutte pour leur survie devint moins compliquée.

Cette station debout libéra leurs mains. Et cette libération des mains entraîna une expansion spectaculaire du néocortex. Vous savez, celui qui naquit avec les premiers mammifères. Et bien, il y a 5 millions d’années, ce néocortex s’imposa et prit de plus en plus d’espace. Les primates bipèdes construirent alors des outils complexes, élaborés et délicats avec leurs doigts maintenant libres. Grâce à ces outils, ils mangèrent mieux, ils se défendirent plus efficacement et firent sans doute de l’art.


Tout bascula il y a 3 millions d’années. Dans un environnement ressemblant à l’actuelle savane africaine, le monde allait connaître son plus grand bouleversement. Le premier Homme apparut en Afrique de l’Est. Il y a 3 millions d’années, la lignée homo divergea drastiquement de celle des chimpanzés, et ce, jusqu’à ce que les singes ne soient plus que de lointains cousins. Apparurent alors les Homo Erectus, Homo Ergaster, Homo Neanderthalansis et Homo Habilis, pour n’en citer que quelques uns.

Puis, parmi toutes ces espèces Homo, naquit la nôtre. Homo Sapiens. Parmi toutes les espèces humaines, nous possédions les plus gros cerveaux.


1300 à 1500 cm3. Seuls les Homo Neanderthalensis, plus communément appelés Hommes de Neandertal, osaient nous dépasser avec un cerveau allant jusqu’à 1700cm3. Nous faisions figure de rareté car jusqu’alors les petits cerveaux étaient plutôt de rigueur. Maximum 700 cm3 pour l’Homo Habilis, la taille d’un petit melon. Pourquoi ?


Car un gros cerveau est épuisant pour le corps. Il nécessite énormément d’énergie. Rappelez vous l’épisode d’introduction de ce podcast. Notre cerveau représente 2% du poids de notre corps mais nécessite 20% de son énergie. Alors, nous détournâmes notre énergie. Nous l’ôtâmes de notre corps pour la rediriger vers nos neurones. Alors certes, nous ne faisions plus le poids physiquement face à un gorille, mais nos capacités cognitives et intellectuelles connurent un développement fulgurant.


A cette époque-là, il y a 2,5 M d’années, nous Homo Sapiens n’étions pas les prédateurs que nous sommes aujourd’hui. Nous étions au milieu de la chaîne alimentaire. Mais des changements dans la structure de notre cerveau allaient venir tout changer.


En effet, des milliers d’années passèrent, et notre cerveau connu une expansion grandiose du lobe frontal - celui qui se trouve derrière votre front - et du lobe pariétal postérieur, qui se trouve en haut et un peu vers l’arrière de votre crâne.

Ces deux lobes, le frontal et le pariétal postérieur furent à l’origine de l’humanité moderne.

Le lobe frontal, et notamment une partie de lui, le cortex préfrontal, est impliqué dans les fonctions cognitives supérieures. Grâce à ces fonctions nous nous hissâmes tout en haut de la chaîne alimentaire.

Nous eûmes un langage plus précis, plus développé nous permettant de nous organiser en groupe, de communiquer de façon plus précise et d’être unis.

Nous développâmes la capacité à adapter nos comportements. A cette époque, face à une situation complexe, un animal allait réagir d’une seule et même manière. De façon bornée, il ne se remettait pas en question et répétait en boucle un seul et même comportement même si celui-ci ne fonctionnait pas. Pourquoi ? Parce qu’à cette époque, il était incapable de faire ce que, nous, Homo Sapiens, sommes capables de faire. Nous venions d’acquérir le pouvoir d’analyser une situation en profondeur, d’élaborer une stratégie et de mettre en place un plan d’actions. Puis nous ajustons nos comportements en fonction de la réaction de notre environnement, jusqu’à ce que l’environnement fasse ce que nous souhaitons.

L’Homo Sapiens ne devint alors plus tributaire de son environnement, il agit directement dessus.

Ces fonctions cognitives supérieures nous permirent aussi de gérer le temps et l’espace. Nous pûmes « prévoir » et même anticiper ce que l’environnement allait faire, ce qui devint un de nos principaux atouts face aux autres espèces. Cette faculté nous a grandement aidés à survivre dans un environnement qui changeait sans cesse. Par exemple, nous comprîmes la relation entre l’eau de pluie et la croissance des végétaux. Alors, nous arrosâmes les plantes que nous cultivions. Ce geste assura notre survie en période de sécheresse, tandis que d’autres espèces furent décimées par la chaleur.


Ce lobe frontal se mit aussi à beaucoup communiquer avec le cortex pariétal postérieur, qui en profita pour prendre de l’ampleur dans notre boîte crânienne. Ce cortex pariétal postérieur est exceptionnellement grand chez les Humains et il serait le siège de la conscience. Il nous aurait fait prendre conscience de nous-mêmes, de notre corps, dans le temps et dans l’espace.


Grâce à ce cortex frontal et à ce cortex pariétal, mais aussi grâce à toutes les connexions entre neurones présentes dans notre cerveau, nous Homo Sapiens, nous sommes hissés tout en haut de la chaîne alimentaire.


On pourrait penser que mon histoire s’arrête là.

Que notre cerveau en a fini de se développer.

Que nous sommes à notre apogée.

Mais ce n’est pas le cas. Aujourd’hui encore, notre cerveau continue sa route et ne cesse de changer, se transformer et diverger entre les individus. Les seules structures stables dans notre cerveau, celles qui sont les mêmes chez tout le monde, sont les structures les plus anciennes, celles issues de notre cortex reptilien, datant d’il y a 500 millions d’années. Il est responsable de la respiration, de la température de notre corps ou encore de la digestion. En revanche, le néocortex, qui en a déjà parcouru du chemin, est lui toujours en mouvance et n’en est pas à sa version finale. Ce néocortex responsable des fonctions cognitives supérieures varie selon les personnes et explique les différences de langage, de créativité ou encore de capacité à planifier.


Si notre cerveau a vécu et vit encore une aventure aussi folle, c’est à cause de la nécessité pour l'Homme de survivre aux changements dûs à notre environnement instable et soumis à de fortes variations climatiques. Le fait de pouvoir analyser et prévoir les événements, ainsi que construire des outils en conséquence, a rendu l’Homo Sapiens plus efficace pour survivre et lui a permis de s’adapter à presque toutes les régions du monde. Aussi, sans le développement du langage et des zones sociales dans notre cerveau, jamais nous n’aurions pu mettre en place la coopération nécessaire pour gagner en territoire et nous nourrir.


Bref, l’histoire de notre cerveau est riche et palpitante, mais elle est surtout à suivre...



36 vues0 commentaire