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  • Anaïs Roux

Episode 7 | Celui qui avait un orgasme



Le voilà l’épisode tant attendu, tant demandé. L’épisode interdit au moins de 18 ans ainsi qu’à tous ceux écoutant des podcasts avec leurs parents. Aujourd’hui, je vais parler de sexe, et plus précisément, d’orgasme. Je mets déjà ma main à couper que cet épisode sera le plus écouté de la première saison de Neurosapiens. Dans cet épisode, je vais autant parler d’orgasme masculin que d’orgasme féminin. Mais sachez qu’aujourd’hui on sait pléthore de choses sur l’orgasme masculin, ça fait plus d’une quarantaine d’années qu’on l’étudie si ce n’est plus. Alors que l’orgasme féminin reste encore un mystère quasi total. Déjà, on a commencé à l’étudier sérieusement qu’à partir de 2005, soit il y a seulement 15 ans. Donc même dans le monde de la recherche, la sexualité masculine est communément étudiée depuis longtemps, tandis que la sexualité féminine a été tabou durant des dizaines et dizaines d’années. Ici, se clôt l’instant féministe de ce podcast. Quoi que.


L’existence d’un orgasme féminin a par ailleurs longtemps été obscure, car contrairement aux hommes chez qui l’orgasme est associé à l’éjaculation et donc à la reproduction, avoir un orgasme pour une femme n’est absolument pas nécessaire pour tomber enceinte. On se demande donc pourquoi l’évolution a maintenu au fil des ans cette capacité chez les femmes si ça ne nous aide pas à nous reproduire. On pourrait se dire que l’idée de l’orgasme motiverait les femmes à avoir des relations sexuelles et donc augmenterait les chances de tomber enceinte, sauf que 50% des femmes disent ne pas atteindre l’orgasme systématiquement. Et pourtant, elles continuent quand même d’avoir des relations sexuelles. Donc l’orgasme féminin n’est pas nécessaire au besoin de reproduction. Il fait donc parti de ces mystérieux attributs qu’Homo Sapiens a conservé au fil des siècles sans que l’on sache pourquoi car sans lien avec la survie de l’espèce.


Lorsqu’on a un orgasme, notre corps et notre cerveau sont inondés de centaines de sensations. Les niveaux d'hormones augmentent, notre respiration et notre rythme cardiaque s'accélèrent et nous avons l'impression de plonger dans un nuage concentré en euphorisants. En parlant d’euphorisants, pour certains chercheurs en neurosciences, l’orgasme serait un état de conscience modifié au même titre que lorsqu’on prend de la drogue. Un état de conscience modifié c’est un état mental différent de l'état de conscience normal. L’orgasme, comme la drogue ou encore les rêves, modifierait selon eux notre conscience du monde et de nous-mêmes.


Mais vous êtes-vous déjà demandé ce que fait le cerveau pour que vous puissiez avoir un orgasme et surtout pour que ce soit aussi agréable ? Dans l’épisode de cette semaine, nous allons donc voir comment le cerveau tire les ficelles de l’orgasme chez l’homme et chez la femme : quelles sont les ficelles que les deux sexes ont en commun, et quelles sont les ficelles que nous ne retrouvons que chez la femme ou que chez l’homme. Pour ça, je vous propose qu’on reprenne chronologiquement ce qu’il se passe dans votre cerveau depuis les préliminaires jusqu’à la fin d’un orgasme.


Première étape. Les préliminaires commencent. Le désir monte. Le corps et le cerveau s'accélèrent. La respiration devient plus courte, le cœur bat plus vite et plus fort, on commence à transpirer. Le cerveau envoie un message au corps : Réveille toi là-dedans et tiens-toi prêt pour l’action !

Lors de cette phase d’excitation, sur laquelle je ne vais pas m’attarder, on va commencer par observer une activation des différents cortex traitant les informations sensorielles, en fonction des stimuli utilisés : la vue, l’ouïe ou encore le toucher. Des régions cérébrales impliquées dans des mécanismes de pensées assez sophistiqués sont aussi fortement activées comme les régions qui permettent de décrypter les intentions de l’autre : “qu’est-ce qu’il veut ? Qu’est-ce qu’il va faire ensuite ?”, ou encore des régions liées à la mémoire et aux émotions. Contrairement à ce qu’on peut penser, le sexe est donc loin d’être seulement un instinct animal et primaire chez l’Homme. C’est un fonctionnement qui appelle des processus complexes dans le cerveau.


Et puis au bout de plusieurs minutes de jeu, vient l’orgasme. Entre un orgasme masculin et un orgasme féminin, il y a beaucoup de similitudes, du moins cérébralement. Certes en moyenne, l’orgasme masculin, plus soudain, dure 10 secondes, tandis que celui féminin, plus soutenu, dure 20 secondes, mais dans le cerveau, un orgasme est un orgasme. Qu’importe le sexe de la personne, les mêmes régions cérébrales sont stimulées.


Pour Adam Safron, de l’université Northwestern aux Etats-Unis, ainsi que pour de nombreux autres chercheurs, l’orgasme serait une forme de synchronisation presque totale de l’activité cérébrale. Plus de 30 régions du cerveau seraient actives durant un orgasme. Qu’est-ce que ça veut dire ? Et bien ça veut dire qu’il n’existe pas un centre de l’orgasme, il est absolument partout dans le cerveau. Dans cet épisode, je ne vais pas m’attarder sur toutes les régions concernées par l’orgasme, ce serait beaucoup trop long, j’aborderai seulement mes préférées parce que je pense que tout le monde va s’y reconnaître : je parlerai augmentation du seuil de douleur, hormone de l’amour, jugement de soi ainsi que sentiment de plaisir et de satisfaction.


Alors, en détails, qu’est-ce qu’il se passe dans le cerveau pendant un orgasme ?


Pour commencer, le seuil de tolérance à la douleur double durant un orgasme. Beaucoup d’endorphines sont relâchés et elles agissent comme des anti-douleur. Pour montrer ça, Barry Komisaruk un chercheur américain, a pincé fortement le doigt de femmes en état normal et durant la masturbation. La tolérance à la douleur de leur doigt augmentait de 50% durant l’orgasme. Alors, de là à recommander un petit orgasme lors d'une migraine ou d'un mal de ventre, il n'y a qu'un pas que certains franchissent bien volontiers.


Aussi durant l’orgasme, le cortex orbitofrontal latéral qui se trouve tout devant votre cerveau dans la partie inférieure, s’éteint complètement. Cette partie du cerveau est notamment impliquée dans le jugement de soi et aide à contrôler ses impulsions. Alors, qu’est-ce qu’il se passe alors lorsqu’il s’éteint ? Et bien, le raisonnement s’envole, nous ne sommes plus inhibés, et nous ne jugeons plus ce que nous faisons.


Chez les deux sexes, l’hypothalamus s’active aussi fortement. L’hypothalamus, qui vient se situer en plein coeur du cerveau, est une structure très complexe donc je ne vais pas m’attarder dessus dans cet épisode. Mais il faut juste retenir que l’hypothalamus est un des principaux gestionnaires des hormones. Lors d’un orgasme, il se met à produire en masse de l’ocytocine, plus connue sous le nom d’hormone de l’amour et de l’attachement. Cette hormone est libérée autant chez l’homme que chez la femme. Donc contrairement aux clichés qui existent, les deux sexes sont propices à développer un fort attachement sentimental lors d’une relation sexuelle.


Et pour finir, lorsque nous avons un orgasme, le circuit de la récompense est fortement activé. Ce circuit de la récompense, à l'origine des sensations de plaisir et de satisfaction, est constitué de deux zones principales. Premièrement, votre niveau de satisfaction du moment va être traitée par l’aire tegmentale ventrale située en plein centre du cerveau. L’aire tegmentale ventrale va se poser la question suivante : ce que je vis actuellement répond-il à mes besoins ? Si oui, l’aire tegmentale ventrale envoie une déferlante de dopamine dans plusieurs parties du cerveau et notamment dans les noyaux accumbens qui ne se trouvent pas très loin. Et de la dopamine dans les noyaux accumbens qu’est-ce que ça crée ? Des sensations de plaisir intense, ce qui va ensuite nous motiver à reproduire cette petite affaire dès que besoin.


Je m’arrête là pour ce qui est en commun entre les hommes et les femmes durant l’orgasme. Comme je vous le disais au début de l’épisode, malgré tous ces points communs, il existe quelques différences entre un orgasme masculin et un orgasme féminin. Il se passe des choses dans le cerveau des femmes qui ne se passent pas chez l’homme et inversement. Ces différences sont peu nombreuses mais je trouve qu’elles sont bien significatives. Allez, on découvre ça ensemble.


Il y a une différence entre l’orgasme masculin et l’orgasme féminin qui m’a beaucoup marquée lorsque j’ai travaillé sur le sujet. Je vous disais tout à l’heure, il se passe une désactivation complète du cortex orbitofrontal gauche, ce qui permet de réduire le jugement de soi. Et bien chez la femme, ce phénomène est couplé avec une désactivation complète du cortex préfrontal dorsomédian, qui se trouve aussi tout devant votre cerveau, et qui est impliqué dans les sentiments moraux et le jugement social. Qu’est-ce que ça signifie ? Et bien ça veut dire que pour qu’une femme aie un orgasme, il faut faire sauter les verrous du jugement de ses propres actions, ainsi que de la peur du regard de l’autre et du jugement social. Ce qui est très intéressant parce que cela peut montrer que ce qu’il se passe quant au jugement de la femme dans la société impacterait jusqu’à son fonctionnement cérébral durant l’orgasme. L’homme n’a que faire du jugement de l’autre durant le sexe. Cette zone est automatiquement désactivée. Par contre, pour que la femme aille jusqu’à devoir éteindre la zone du jugement sociale entièrement pour pouvoir avoir un orgasme, cela veut dire que tout le long des préliminaires et de la montée du désir, la femme a toujours un petit coin de son cerveau qui est actif pour penser à ce que l’autre, voire les autres, penseraient d’elle.


Que se passe-t-il du coup si ces deux zones du lobe frontal, le cortex orbitofrontal gauche, responsable du jugement de soi ainsi que le cortex préfrontal dorsomédian responsable du jugement moral et social, n’arrivent pas à s’éteindre ? Et bien il se passe un trouble qui touche plus d’une femme sur dix : l’anorgasmie, autrement dit, l’incapacité à avoir un orgasme. L’anorgasmie peut aussi toucher les hommes, mais de façon moindre et généralement, c’est à cause d’une maladie chronique. Tandis que chez la femme, lorsqu’elle ne peut jamais avoir d’orgasme, il semblerait que ce soit majoritairement parce que son cortex frontal inhibe complètement l’orgasme. La femme reste en marge de ce qui lui arrive, elle contrôle et juge la situation plutôt que de la vivre pleinement. Elle cogite sur la relation, sur ce dont elle a l’air, elle évalue son partenaire, plutôt que de ressentir pleinement l’acte. Cela expliquerait EN PARTIE, pourquoi 1 femme sur 2 dit atteindre plus facilement l’orgasme en se masturbant, plutôt qu’en couple. Exit le regard de l’autre et le jugement social lorsqu’une femme se fait plaisir toute seule.


Passons aux hommes maintenant si vous le voulez bien. Chez l’homme, il existe une zone particulièrement activée. C’est le cortex visuel. C’est le neurobiologiste Gert Holstege de l’Université de Groningue aux Pays-Bas qui a mis en avant le rôle prépondérant de la vision dans l’orgasme masculin. Beaucoup, beaucoup plus que pour l’orgasme féminin. Premièrement, les informations sensorielles venant de la vision stimulent beaucoup plus l’excitation chez l’homme. Et deuxièmement, durant le sexe, l’activité cérébrale augmente beaucoup dans les régions de la mémoire visuelle. Ce qui permettrait de rejouer visuellement la scène dans sa tête les jours qui suivent.


De plus, un chercheur nommé Stoléru a découvert en 2003, que les hommes dont la libido était en berne souffraient d’une activité neuronale différente de celle des hommes ayant une sexualité normale. En leur faisant visionner un film érotique, Stoléru a remarqué que chez les hommes dont la libido était en berne, une partie bien spécifique du cortex préfrontal, derrière le front, fonctionnait à plein régime. Et lorsque cette région fonctionne trop, et bien elle retire aux stimuli visuels leur caractère excitant. Ce qui empêcherait l’homme d’atteindre l’orgasme. Cet orgasme masculin semblerait donc étroitement lié à sa vision.


Nous arrivons à la fin du plaisir, l’orgasme est atteint pour les deux sexes, le cerveau bloque la libération de dopamine, le plaisir redescend et s’installe alors un sentiment de satiété et de contentement.

La dopamine, qui libère l’appétit sexuel, est alors remplacée par de la prolactine, qu’on appelle aussi l’hormone du sommeil. La prolactine envoie le message clair qu’on a fait un bon boulot, mais qu’on a dépensé énormément d’énergie et qu’il serait temps d’aller récupérer. Notre cerveau produit quatre fois plus de prolactine lorsqu’on a eu un orgasme dans le cadre d’une relation sexuelle à deux, que lorsqu’on a un orgasme suite à la masturbation. Donc si au sein d’un couple, l’un d’entre vous s’endort directement après l’acte... sans rancune. Surtout qu’après un premier orgasme, le cerveau d’un homme ne répond plus de rien, tandis que le cerveau de la femme peut repartir facilement pour un deuxième tour et être tout autant voire plus réceptif à l’orgasme.


L’épisode de cette semaine se termine. Mais sachez que je ne vous ai décrit qu’une infime partie de tout qu’il se passe dans le cerveau lors d’un orgasme. Quand je vous dis que c’est un feu d’artifice je n’exagère pas. Toutes les régions de votre cerveau sont impliquées. Certaines s’allument plus que jamais, d’autres s’éteignent complètement. Il y a très peu de demi-mesure dans les réactions du cerveau sous orgasme.


Si vous voulez en savoir plus sur les autres zones, écrivez moi sur l’Instagram neurosapiens.podcast. J’y poste aussi des anecdotes sur le cerveau que je n’aborde pas dans le podcast.


Merci infiniment pour vos écoutes, vos retours et votre soutien. A très vite.


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