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  • Anaïs Roux

Episode 8 | Celui qui avait une chanson dans la tête

Dernière mise à jour : août 19





Bonjour à tous et bienvenue sur le podcast Neurosapiens ! J’espère que vous allez bien et NON, je ne me suis pas transformée en chaîne de radio. Lorsque vous avez entendu ces chansons, levez la main ceux qui ont pensé “Oh non s'il te plait, pas cette chanson”. Probablement, parce que vous saviez que l’un de ces airs allait vous rester coincé en tête jusqu’à la fin de la journée. Ces chansons sont en effet reconnues comme étant des airs qui restent dans la tête. C’est à dire qu’ils vont vous revenir à l’esprit régulièrement sans que vous ne puissiez l’en empêcher et le contrôler. Certaines chansons vont vous rester 30 minutes en tête, d’autres toute une journée, et certaines toute une semaine voire plus. Dans tous les cas, une chanson en tête, ça se partage, ça se chante, ça se sifflote et ça vous attire la haine de vos collègues et proches à qui vous la mettez aussi en tête. Bref, c’est un cercle vicieux.

Dans cet épisode, on va commencer par regarder rapidement comment le cerveau traite une musique. Puis on regardera pourquoi une chanson devient entêtante et pourquoi certaines personnes sont plus sensibles que d’autres à ce phénomène. Je vous révélerai aussi la recette magique pour qu’un jingle ou une musique aie un fort potentiel entêtant. D’ailleurs pour info, scientifiquement parlant, le phénomène d’une chanson dans la tête est surnommé vers d’oreilles ou encore “Imagerie Musicale Involontaire” soit INMI.

Allez, on commence par un aperçu de comment le cerveau traite un son.


Quel chemin parcourt la musique dans notre cerveau ? Quand le son d’une chanson nous parvient, ce sont des ondes, des vibrations qui entrent dans notre oreille. Et ces vibrations elles vont être transformées en impulsions électriques. Pourquoi ? Et bien parce que la musique va être traitée par nos neurones et nos neurones ne communiquent qu’à travers un mode de communication chimique et électrique. Les informations musicales vont arriver dans une structure qu’on appelle le thalamus. Le thalamus c’est un peu la porte d’entrée du cortex. C’est-à-dire que les informations musicales vont frapper à la porte, et le thalamus va laisser rentrer certaines infos et pas d’autres, ce qui va nous permettre de nous concentrer sur certains sons en particulier comme les paroles ou le son de la batterie. Le thalamus va ensuite dispatcher les informations musicales entre plusieurs circuits. Chaque circuit va prendre en charge une composante de la musique. La mélodie va être emmenée dans l’hémisphère droit, l’écart entre les notes dans l’hémisphère gauche, le rythme quant à lui, va être analysé par le cortex frontal, celui qui est derrière votre front, et par le cortex pariétal, qui se trouve à peu près au sommet de votre crâne, vers l’arrière. Mais globalement, la majorité des informations vont aller directement dans le cortex auditif qui se trouve en haut du lobe temporal, derrière votre oreille. Je vous ai mis en description du podcast, un schéma des différents lobes et la position du cortex auditif. Et je sais pas si vous vous en souvenez, mais dans l’épisode d’introduction de Neurosapiens, je vous disais que les informations à droite du corps étaient traitées par l’hémisphère gauche du cerveau et que les informations à gauche du corps étaient traitées par l’hémisphère droit. Et bien le son en est une belle illustration ! Les sons captés par l’oreille droite vont tracer leur route vers l’hémisphère gauche et les sons captés par l’oreille gauche vont aller dans l’hémisphère droit.

Voici une anecdote sur le cortex auditif qui va fortement nous intéresser aujourd’hui. En 2005, une équipe de chercheurs américains a fait écouter des chansons aux participants tout en étudiant l’activité cérébrale du cortex auditif. Certaines des chansons écoutées étaient connues de la personne, d’autres ne l’étaient pas. A un moment donné et sans prévenir, les chercheurs coupaient la musique. Et ils se sont rendus compte que le cortex auditif continuait de chanter. Il continuait de créer la musique, que la personne connaisse la chanson ou non. Même si l’on entend pas de son, le cortex auditif peut fonctionner par la simple imagination d’un air de musique. Tout comme le cortex moteur qui s’active lorsqu’on imagine faire un mouvement.

C’est grâce au fait que le cortex auditif puisse fonctionner sans musique réelle, que l’Homme peut techniquement se repasser une chanson dans la tête.

Bon alors, maintenant on sait pourquoi il est possible techniquement d’avoir une chanson dans la tête. Parce que le cortex auditif peut fonctionner sans musique réelle. Mais pourquoi l’Homme a t-il cette fonctionnalité ? Qu’est-ce que ça lui apporte ?

La réponse semblerait être tout simplement, du plaisir !

Voici donc un premier élément pouvant expliquer le phénomène de la chanson dans la tête ! Lorsqu’on écoute une chanson, le cerveau va sécréter plus ou moins de dopamine créant le plaisir et de sérotonine, hormone entraînant une humeur positive. Ce qui veut dire, qu’écouter de la musique active le réseau cérébral du plaisir et de la récompense, au même titre que manger, se droguer, ou faire l’amour (petit référence à l’épisode de Neurosapiens sur l’orgasme) !

Le cerveau va donc en quelque sorte devenir addict à la chanson qui a déclenché une vague de dopamine et de sérotonine et va rejouer en boucle cette chanson qui lui plait pour avoir son shot de plaisir. La musique va agir comme une drogue. Ce système de plaisir et de récompense fonctionne de façon automatique et inconsciemment. On ne peut pas grand chose contre lui. La partie un peu plus “évoluée” du cerveau va parfois en avoir marre, vous allez d’ailleurs vous le dire “uuugghh chanson sort de ma tête !!” mais le système de plaisir va vite reprendre le-dessus et vous n’allez pas pouvoir vous dépêtrer de cette chanson dans la tête.

Et ce système de plaisir est facilement déclenchable. Un souvenir, un mot, un bout de mélodie entendue du coin de l’oreille et BIM, le système de plaisir se met en marche et vous avez la chanson dans la tête.


Cela viendrait expliquer aussi pourquoi les personnes ne ressentant aucune émotion en écoutant de la musique, n’en retirant donc aucun plaisir, n’ont jamais de chanson coincée dans la tête. Comme l’ont constaté deux chercheurs de l’université de Barcelone, les personnes ayant une anhédonie musicale, c’est-à-dire ne ressentant aucun plaisir en écoutant de la musique, ont une connexion extrêmement faible entre le cortex auditif qui traite les sons, et la partie qui fait éprouver du plaisir, les noyaux accumbens. Lorsqu’ils écoutent de la musique, leur rythme cardiaque n’accélère pas, ils ne suent pas ou ne frissonnent pas. C’est comme si le cerveau qui entend, ne parlait plus au cerveau qui ressent. Pas d’émotion, pas de plaisir, pas d’addiction, pas de chanson qui reste coincée dans la tête !


Mais pour toute personne appréciant la musique et ressentant des émotions en l’écoutant, le plaisir est fortement déclenché et est fortement addictif. Mais pourquoi certaines personnes sont plus enclines que d’autres à avoir une chanson coincée dans la tête ?

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais certaines personnes semblent avoir tout le temps, tout le temps des chansons ou des jingle de pub en tête, tandis que d’autres n’en ont jamais. Bien sûr, les personnes très sensibles à la musique, pour qui c’est le métier, qui jouent d’un instrument ou chantent, ont plus souvent des chansons dans la tête. Cela paraît évident. Mais pour les individus n’étant pas dans le secteur de la musique, plusieurs éléments neurologiques sembleraient expliquer le fait qu’ils aient plus souvent que d’autres une chanson coincée dans la tête.


Si on suit l’argument précédent disant que le circuit du plaisir provoque la répétition d’une chanson dans la tête, un peu comme si notre cerveau était addict aux sons, une des hypothèses ici serait donc que les personnes fortement dictées par le plaisir et ne sachant résister à un plaisir immédiat (typiquement les personnes pour qui il est difficile de résister à un gâteau, ou tombant facilement dans l’addiction à Candy Crush ou aux cigarettes), sont plus enclines à avoir des chansons dans la tête. C’est une hypothèse qu’on peut entendre mais qui n’a pas été encore à 100% vérifiée.


En revanche, une étude récente a montré qu’il existerait des différences dans la structure même du cerveau et qui feraient qu’une personne serait plus ou moins à même d’avoir une chanson coincée dans la tête.

Les chercheurs anglo américain de cette fameuse étude ont remarqué que les personnes ayant le plus fréquemment une chanson dans la tête, ont une épaisseur de cortex réduite à deux endroits. Premièrement dans le gyrus temporal transverse qui est impliqué dans la perception auditive et notamment dans la manière dont le cerveau interprète les sons entendus. Et ensuite dans le gyrus frontal inférieur impliqué dans le processus de mémorisation verbale à l’écoute de paroles de chansons.

Les chercheurs ont aussi découvert que les personnes trouvant qu’avoir une chanson dans la tête est désagréable, ont plus de matière grise, donc de neurones, dans le lobe temporal droit, que les personnes jugeant comme agréable le fait d’avoir une chanson dans la tête. Ce lobe temporal droit est lié à l’audition bien sûr, mais aussi à la mémorisation d’une situation selon les émotions qui lui sont liées.

Que viennent-nous dire ces résultats me direz-vous ? Et bien pour être honnête, pas grand chose ! Seulement que si une personne est fortement susceptible d’avoir une chanson dans la tête, ce serait dû à sa façon de percevoir des sons, à sa façon de mémoriser des paroles et d’y attacher des émotions, mais aussi à sa capacité à laisser ses pensées divaguer et se lier entre elles.

On sait donc qu’il existe des différences dans la structure du cerveau entre ceux ayant tout le temps des chansons dans la tête et ceux n’en ayant jamais, seulement il va nous falloir encore quelques études afin de comprendre concrètement le lien entre le phénomène et ces différences de structuration de cerveau.


Donc je résume. Si techniquement, on peut avoir une chanson dans la tête, c’est grâce au fait que le cortex auditif peut s’imaginer une chanson sans réellement l’entendre. Si Homo Sapiens profite allègrement de cette option du cortex auditif, c’est parce que celle-ci vient réveiller le circuit de la récompense qui procure beaucoup de plaisir ! Le cerveau devient en quelque sorte, addict. Et si certaines personnes sont plus à même d’avoir une chanson dans la tête, c’est à cause de différences structurelles dans le cerveau.

Pour terminer ce podcast sur une anecdote : saviez-vous que la façon dont était composée une chanson la rendrait plus ou moins entêtante ? Et ça a été longtemps le secret bien gardé des producteurs de musique.

Il y a quelques années, Kelly Jakubowski, une chercheuse anglaise, a découvert la recette magique pour créer une musique qui deviendra entêtante. Car toutes les musiques n’ont pas les caractéristiques qu’il faut pour vous rester en tête. Les airs qui deviennent facilement obsédants ont en moyenne un tempo plus rapide que les autres. Il faut aussi que les sons montent et descendent de façon régulière. Si on regarde une partition, la mélodie doit dessiner des arches. Et par moments, cette mélodie très cyclique doit être entrecoupée d’un enchaînement surprenant, comme par exemple, un couplet de rap au ¾ d’une chanson un peu pop. Donc les chansons du type collaboration entre Ariana Grande et Nicky Minaj sont un succès assuré.

Je vous remercie infiniment pour vos écoutes, vos commentaires et vos questions. Si vous voulez me soutenir et m’encourager à continuer ce podcast, deux façons de le faire : premièrement en laissant 5 étoiles à Neurosapiens sur Apple Podcast et deuxièmement, en vous abonnant au compte Instagram Neurosapiens.podcast. J’y réponds à toutes vos questions et vous partage régulièrement d’autres anecdotes sur notre cerveau.

A bientôt



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